
Les conseillers en gestion Michel Vaudreuil et Laurence Sylvain ont présenté les résultats financiers des grandes fermes laitières lors de la Rencontre des Grands troupeaux laitiers 2022. I Photo: Via Pôle d’expertise en services-conseils agricoles
Publié: 15 décembre 2022
Source : lebulletin.com
En 2023, les producteurs laitiers devront surveiller leurs dépenses, non pas parce que leur situation financière est mauvaise, mais plutôt parce que l’inflation et les taux d’intérêts des derniers mois auront un impact négatif sur leur entreprise.
Les conseillers en gestion Michel Vaudreuil et Laurence Sylvain du CMCA ont présenté les résultats financiers des 127 fermes laitières faisant partie du groupe des fermes de 120 vaches ou plus ou produisant 120 kg/jour et plus de quota. La conférence a eu lieu lors de la Rencontre des Grands troupeaux laitiers 2022 organisée par Via Pôle d’exertises en services-agricoles qui a eu lieu du 6 ou 8 décembre 2022 à Thetford Mines. Leur conférence portait sur les résultats financiers 2021, mais nous leur avons demandé en entrevue d’aborder aussi la situation 2022 et ce qui est à prévoir pour les prochains mois.
2021, une bonne année
L’année 2021 a été une bonne année. Les taux d’intérêt avaient baissé comparativement à 2020. Des subventions de compensation en lien avec les accords commerciaux internationaux ainsi que des subventions salariales en lien avec la COVID ont eu un impact positif sur les finances des entreprises laitières. « Ce n’est pas non négligeable », explique Michel Vaudreuil à propos des subventions salariales de la COVID. L’année 2021 a aussi été marquée par une augmentation de la production de lait par entreprise. « Il faut faire attention! Ce n’est pas la moyenne des entreprises au Québec. C’est la moyenne des grandes entreprises », tient à préciser Michel Vaudreuil.
L’année 2021 a aussi été une année avec une production importante de fourrages. « On a noté en moyenne 25% de plus dans les fourrages », dit Laurence Sylvain. Les meilleurs rendements ont permis de réduire les coûts d’alimentation. Il peut y avoir eu de la vente de foin, mais ça reste marginal puisque plus de 80% du chiffre d’affaires provient de la vente de lait.
Dans le groupe, les meilleurs se distinguent surtout au niveau du coût d’alimentation. Ils ont un meilleur coût de production pour produire une tonne de foin et pour produire du lait, ils utilisent moins de concentrés. « Ils ont des niveaux de gestion supérieurs », résume Michel Vaudreuil.
2022, le présage de 2023
Les résultats de l’année 2022 s’annoncent bons. Les prix des grains, pour ceux qui en vendaient, ont été excellents. Le prix du lait a augmenté. Cependant, les entreprises ont eu plus de dépenses liées à l’inflation et à la hausse des taux d’intérêt. « Si ce n’était pas du taux d’intérêt qui a augmenté autant (plus de 200%), la situation aurait été somme toute mieux que 2021, mais le taux d’intérêt fait plus mal que tout le reste », explique Laurence Sylvain.
Selon elle, les résultats de l’année 2022 ne seront pas trop affectés. C’est plutôt aux renouvellements de leur emprunt qu’ils auront l’impact de la hausse du taux d’intérêt. Selon l’entreprise, ils ont déjà eu cette hausse au milieu de l’année ou à l’automne, alors que d’autres l’auront en 2023. « 2022 devrait être encore bon. C’est plus en 2023 qu’ils auront l’impact de ces taux-là », dit-elle. « Et de façon variable, selon l’entreprise », ajoute Michel Vaudreuil. Les entreprises peu endettées auront moins d’impact, mais en général, ces entreprises de grande taille sont endettées.
Si une opportunité se présente, les taux d’intérêt actuels à plus de 6% obligent les producteurs à faire une excellente évaluation, beaucoup plus que par le passé. « Les producteurs qui ont des projets, ce n’est pas juste le projet qu’ils doivent mettre à 6%, mais aussi la dette qu’ils ont actuellement et de voir si ça fragilise l’entreprise », explique Michel Vaudreuil.
Le taux d’inflation a aussi un impact important sur les finances des entreprises. Tout a augmenté : le diesel, les plastiques, l’engrais, les pièces de machinerie, les salaires, etc. Néanmoins, Michel Vaudreuil et Laurence Sylvain ne veulent pas être alarmistes. « Les entreprises, c’est correct, mais elles vont être très affectées par le contexte », explique Michel Vaudreuil.
Grands troupeaux laitiers
127 fermes de plus de 120 vaches ou 120 kg/jour.
Plus de 70% des produits bruts proviennent du lait.
Groupe de tête : 20% meilleurs, 25 fermes.
76% en stabulation libre, 37% robot, 35% salle de traite, 22% lactoduc.
Quota détenu (kg mg/jour) : 236 (tous) contre 309 (tête).
Superficie cultivée (ha) : 322 (tous) contre 452 (tête).
Avoir net : 53% (tous) contre 59% (tête).
Charges : 57% (tous) contre 49% (tête).