Ouvrir une usine de transformation est facile, l’exploiter avec profit est autre chose

Comme les producteurs de bœuf de l’Ouest canadien ne le savent que trop bien, l’ouverture d’une nouvelle usine de transformation du bœuf est la partie facile. L’exploiter avec un profit éventuel est une tout autre affaire. Peut-être que les producteurs qui ont investi dans la malheureuse usine Rancher’s Beef à Balzac, en Alberta, devraient discuter avec les producteurs qui investissent dans deux nouvelles usines de bœuf aux États-Unis.

Tiré de canadiancattlemen.ca – par Steve Kay – Publié le 1er septembre 2021
| Traduction et adaptation libre par la rédaction |

Rancher’s Beef est le fruit de 13 engraisseurs de bétail de l’Alberta qui ont investi 40 millions de dollars au départ dans l’usine. L’usine a ouvert ses portes à la mi-2006, mais elle n’a fermé que 13 mois plus tard après avoir connu des difficultés financières. Je ne connais pas les détails, mais je soupçonne qu’ils ont sous-estimé le fonds de roulement requis pour exploiter une usine et subir des pertes de démarrage substantielles.

Les deux nouvelles entreprises bovines aux États-Unis sont confrontées aux mêmes défis et plus encore.  La construction devrait commencer au printemps prochain. L’usine devrait employer 750 personnes lorsqu’elle commencera à fonctionner fin 2023. L’entreprise a ainsi rejoint Sustainable Beef, qui a l’intention de construire une usine de 1 500 têtes par jour à North Platte, dans le Neb.

L’objectif de Cattlemen’s Heritage est d’aider les jeunes agriculteurs à se lancer dans l’élevage bovin et il se concentrera sur l’achat de bétail auprès de petites exploitations familiales, dit-il. C’est louable. Mais cela soulève plusieurs questions qui s’appliquent également à l’usine de bœuf durable proposée. La première est la suivante : où ces usines s’attendent-elles à trouver suffisamment de travailleurs pour exploiter pleinement leurs usines ? Le manque de main-d’œuvre, et non de capacité de transformation, est ce qui afflige actuellement l’industrie américaine de la transformation du bœuf, et probablement aussi l’industrie canadienne.

Une pénurie de main-d’œuvre s’aggrave dans l’industrie nord-américaine de la transformation de la viande depuis plusieurs années et la pandémie de COVID-19 n’a fait qu’exacerber la pénurie. Les travailleurs ont quitté leur emploi et bien que les emballeurs aient augmenté le salaire de départ à 22 $ US de l’heure et offert des primes à la signature et même des frais de scolarité gratuits pour les enfants des travailleurs (comme l’a fait JBS USA), de nombreux travailleurs ont décidé de ne pas reprendre leur ancien emploi. Le résultat est que de nombreuses usines de bœuf, de porc et de volaille fonctionnent de 10 à 15 % en dessous de leur capacité, comme l’a révélé Tyson Foods en mai.

Ma deuxième question porte sur l’approvisionnement. Le nombre de bovins vivants reste actuellement à un niveau légèrement élevé. Le total des bovins d’engraissement au 1er juin n’a augmenté que de 0,2 pour cent par rapport à il y a un an. Mais c’était le deuxième plus grand nombre du 1er juin dans la série de données de l’USDA. Cela changera principalement en raison de la sécheresse généralisée dans l’ouest des États-Unis. Au moment où de nouvelles usines entreront en service, l’approvisionnement disponible en bovins engraissés pourrait être d’un million de têtes de moins qu’aujourd’hui en raison de la liquidation du troupeau cette année et en 2022 et 2023. Les nouvelles usines espèrent que les petits engraisseurs les soutiendront, la réalité est que les acteurs existants, nationaux ou régionaux, feront tout leur possible pour les surenchérir pour le meilleur bétail.

Ma troisième question porte sur la commercialisation du bœuf. Nulle part je n’ai vu de mention par les deux entreprises nouvellement formées du type de produits de bœuf qu’elles ont l’intention de produire et de la manière dont elles pourraient se différencier du bœuf produit chaque semaine par les acteurs existants. Ces acteurs produisent encore en grande partie du bœuf de base. Mais ils ont aussi des douzaines de programmes de bœuf de marque spécialisés qui sont bien établis. Comment les nouvelles entreprises rivaliseront-elles avec cela et sur le marché du bœuf de base? Je leur souhaite bonne chance mais ils auront besoin de plus que de la chance.

Source : https://www.canadiancattlemen.ca/markets/for-beef-processors-the-buck-stops-here/