Les milléniaux et les opportunités pour le bœuf

Vous avez probablement vu les gros titres qui font la une des journaux sur les tendances de consommation liées à la génération Y. D’une prétendue fixation sur le pain grillé à l’avocat à la prétendue cause du déclin de l’industrie des bagues de fiançailles, les articles accusant la génération Y pour la montée ou la baisse de certains produits et industries ont tendance à faire rouler les yeux et rire de nombreux Canadiens nés entre 1980 et 1995.

Tiré de canadiancattlemen.ca – par Piper Whelan – Publié le 19 janvier 2021
| Traduction et adaptation libre par la rédaction |

Alors que les milléniaux deviennent la plus grande génération de travailleurs, il est devenu plus important de vraiment comprendre les décisions d’achat de ce groupe démographique à un niveau plus profond, en particulier dans le secteur alimentaire. De nombreux spécialistes du marketing et chercheurs considèrent la génération Y comme «peut-être le groupe démographique le plus important en matière de marketing et de développement de produits», selon un rapport de Linkfluence, une société mondiale de renseignement sur les données sociales.

Selon Statistique Canada, les milléniaux représentaient 27% de la population totale du Canada en 2019, le plus grand groupe démographique. Cette génération a été façonnée par une ère de grands changements technologiques et d’événements tumultueux tels que la récession de 2008, qui a affecté très tôt la carrière de nombreuses personnes, retardant les projets d’achat de maisons et de fondations familiales.

Ce changement rapide leur a donné «un ensemble de priorités et d’attentes très différentes de celles des générations précédentes», indique un rapport de Goldman Sachs.

Cette génération individualiste a également tendance à être plus engagée dans l’alimentation que les autres groupes d’âge. Un récent rapport sur les consommateurs réalisé par FONA International, une société d’arômes basée aux États-Unis, a déclaré que par rapport aux autres générations, les milléniaux dépensent plus en biens de consommation par voyage de magasinage, tandis qu’une enquête Mintel a révélé que 58% des milléniaux se qualifieraient de «gourmets». « 

Chaque partie prenante de la chaîne d’approvisionnement alimentaire doit comprendre ce que veulent les clients alimentaires et comment ils prennent des décisions d’achat pour mieux répondre à leurs besoins et se connecter avec eux d’une manière qui renforce la confiance. Le système agroalimentaire canadien a la possibilité de comprendre les attitudes et les décisions d’achat de ce groupe démographique influent et de les utiliser à son avantage.

La durabilité n’est pas une mode

Par rapport à d’autres données démographiques, les milléniaux ont tendance à «associer la responsabilité sociale personnelle aux produits qu’ils achètent», selon FONA International. Ce rapport a révélé que 59% des milléniaux déclarent que s’ils estiment qu’une marque est contraire à l’éthique, ils arrêteront de l’acheter.

Cette attitude est liée à leur concentration générale sur les articles produits de manière durable, bien que cette tendance ne soit pas propre aux milléniaux. La recherche sur la confiance du public du Centre canadien pour l’intégrité alimentaire (CCFI) 2020 a mis en évidence le fait que les Canadiens considèrent la durabilité comme plus qu’un mot à la mode, et le nombre de Canadiens dans l’ensemble qui recherchent activement des aliments durables augmente.

«Les consommateurs utilisent plus que jamais leur pouvoir d’achat pour soutenir des marques et des produits durables et innovants», déclare Paighton Smyth, coordinateur de l’engagement des partenaires du CCFI, lors du Forum sur l’alimentation et la nutrition du Royal Agricultural Winter Fair en novembre. «Une majorité déclare rechercher activement des produits alimentaires qui utilisent moins d’emballage ou qui ont un impact environnemental minimal… C’est un problème qui influencera de plus en plus les attitudes et les comportements des consommateurs.»

Cette tendance à rechercher la durabilité dans la production alimentaire est particulièrement vraie pour les jeunes générations, y compris la génération Y. Aux États-Unis, un rapport de la National Restaurant Association indique que 58% des milléniaux sont plus susceptibles de choisir des restaurants en fonction de leur offre de produits alimentaires produits de manière durable. Alors que FONA International a constaté que 34 pour cent des baby-boomers modifient leurs habitudes d’achat par souci de durabilité et d’environnement, ce chiffre est plus proche de 75 pour cent chez la génération Y.

Cependant, les gens ont des idées différentes sur ce que signifie «alimentation durable». «Dans l’ensemble, la durabilité est le plus associée aux options alimentaires et aux pratiques de production qui s’attaquent au changement climatique et ont un impact positif sur l’environnement», dit Smyth.

«Près de la moitié pensent que l’alimentation durable a un impact positif sur l’environnement, et trois sur 10 affirment qu’une alimentation durable signifie qu’elle est cultivée (ou) élevée localement. Environ un quart à un Canadien sur cinq affirment qu’une alimentation durable signifie que les aliments sont à la fois salubres et nutritifs pour eux-mêmes et leur famille, en plus d’offrir un niveau de vie sain aux agriculteurs.

Étant donné que de nombreux consommateurs assimilent également les aliments durables à des aliments produits localement et des produits avec un emballage minimal, cela suggère un léger décalage entre ce que les consommateurs croient être durable et ce que ce terme signifie pour les intervenants du système agroalimentaire canadien.

«Je pense que ce sont les réponses, car c’est ce que les consommateurs peuvent toucher chaque jour», déclare Paighton Smyth. «Ils peuvent choisir d’avoir un emballage respectueux de l’environnement. Ils peuvent choisir d’aller au marché des agriculteurs, ou tout ce qu’ils considèrent comme local.»

Alors que la durabilité est importante maintenant, CCFI prévoit que cela ne fera que croître à mesure que les milléniaux et la génération Z (née entre 1996 et 2010) augmenteront leur pouvoir d’achat.

«La durabilité de l’alimentation n’est pas seulement une tendance, mais une exigence pour être un acteur fiable et performant du système alimentaire», déclare Smyth. «En matière de durabilité, ne vous laissez pas distancer. Ceux qui sont les plus innovants connaîtront le plus de succès.»

Alors que l’industrie canadienne du bœuf continue de démontrer son engagement envers la durabilité par le biais de plusieurs initiatives, il est possible d’atteindre les milléniaux qui se soucient de la durabilité, mais ne savent peut-être pas à quoi cela ressemble dans la production de bœuf.

«Si j’étais une organisation agricole, je passerais pas mal de temps à parler de votre empreinte environnementale», déclare John Jamieson, président et chef de la direction du CCFI. «Le public canadien ne s’attend pas à la perfection, mais il s’attend à des progrès, donc si nous pouvons identifier comment nous progressons dans les activités environnementales ou le bien-être animal ou autre, cela mène à cette authenticité et à cette transparence qui renforcent la confiance.»

La pandémie amplifie l’accessibilité alimentaire

Au cours des cinq années où le CCFI a mené des recherches sur la confiance du public, le coût des aliments est toujours la principale préoccupation des Canadiens de tous âges. La recherche de 2020 montre que l’accessibilité alimentaire reste au premier plan, bien que les préoccupations concernant les problèmes fiscaux se soient accrues à la lumière de la pandémie du COVID-19.

«Les Canadiens sont confrontés à des pressions économiques sur plusieurs fronts, y compris l’abordabilité des aliments. Bien que le coût de la nourriture soit toujours une question prioritaire, la pandémie du COVID-19 a mis en évidence la lutte, la plupart des Canadiens indiquant qu’ils ont moins d’argent à dépenser pour la nourriture en raison de la pandémie», dit Paighton Smyth.

Un peu moins de six répondants sur dix ont déclaré se sentir très préoccupés par le coût de la nourriture. Parmi les autres sujets de grande préoccupation, mentionnons l’économie canadienne, l’assurance que les aliments sains sont abordables et le déficit fédéral. De plus, 44% des Canadiens interrogés trouvent que la nourriture en général est chère, la viande faisant partie de la liste des zones alimentaires perçues comme les plus chères, avec le poisson et les fruits de mer, les plats à emporter et les restaurants à service complet.

L’insécurité alimentaire était un problème au Canada avant la pandémie, et on s’attend à ce qu’elle s’aggrave. Un rapport des chercheurs de l’Université de Toronto, Valerie Tarasuk et Andy Mitchell, a révélé que 4,4 millions de Canadiens ont connu une certaine insécurité alimentaire en 2017-2018.

«Un certain nombre d’experts s’attendent à ce que la perte de revenus et de moyens d’existence double facilement ce chiffre», déclare Gisèle Yasmeen, directrice générale de Sécurité alimentaire Canada. Mme Yasmeen s’exprimait lors d’un webinaire de septembre 2020.

Le total de 2017-2018 comprenait plus de 1,2 million d’enfants, soit plus d’un sur six. Les ménages des Premières Nations sont plus susceptibles de souffrir d’insécurité alimentaire, et les taux les plus élevés d’insécurité alimentaire ont été enregistrés au Nunavut.

De plus, 65 pour cent des Canadiens qui ont souffert d’insécurité alimentaire faisaient partie de la population active. «Le simple fait d’avoir un emploi ne suffit pas; les emplois à bas salaires et le travail précaire signifient que les personnes sur le marché du travail n’ont souvent pas assez de revenus pour être en sécurité alimentaire», indique le rapport.

Un sondage annuel de la Daily Bread Food Bank de Toronto a révélé qu’avant la pandémie, l’utilisation des banques alimentaires avait augmenté de 5% par rapport à l’année précédente.

«Avec l’arrivée du COVID-19, les visites dans les banques alimentaires continuent de grimper de manière significative, augmentant de 22% en juin pour atteindre 51% en août par rapport à l’année précédente», selon l’enquête. Parmi ces nouveaux clients des banques alimentaires, 76% ont commencé à utiliser les banques alimentaires en raison de la pandémie, et 76% de ceux qui travaillaient avant le début de la pandémie COVID-19 avaient perdu leur emploi.

Aux États-Unis, une enquête menée par Deloitte a révélé que 77% des milléniaux «disent avoir des préoccupations financières générales à la suite de la pandémie et des retombées économiques», tandis que «78% ont pris des mesures financières nouvelles ou différentes à cause du COVID-19. » Les enquêtes d’Acosta suggèrent que le bouleversement économique de la pandémie a fait des ravages plus importants sur les milléniaux que sur les autres générations, 43% d’entre eux déclarant qu’ils étaient «plus mal lotis» qu’avant la pandémie de COVID-19.

Comprendre la récente montée des inquiétudes quant à l’abordabilité des aliments donne un aperçu des décisions de tous les groupes démographiques, et pas seulement de la génération Y. «L’accès à des aliments sains et abordables est une question cruciale pour les Canadiens. Répondez à cette préoccupation en soulignant continuellement ce que vous faites pour aborder la question de l’abordabilité des aliments », dit Paighton Smyth.

Bien que de nombreux Canadiens considèrent les produits de viande comme plus chers, il existe une possibilité de promouvoir des produits de bœuf sains et de qualité qui conviennent aux petits budgets et offrent plus de valeur pour votre dollar.

«Les Canadiens et le système alimentaire doivent continuer de travailler pour équilibrer la demande parfois concurrente d’aliments nutritifs abordables, de haute qualité», note Paighton Smyth. «Démontrez ce que vous faites chaque jour pour vous assurer que les achats des consommateurs alimentaires sont aussi économiques que possible tout en offrant un niveau de vie raisonnable aux agriculteurs.»

Source : https://www.canadiancattlemen.ca/features/what-millennials-want/