Le spectre de l’étiquetage de l’origine de la viande hante les éleveurs canadiens

Le secteur canadien de l’élevage bovin suit de près une révision des règles d’étiquetage de l’origine de la viande aux États-Unis. Des antécédents avaient conduit à un différend commercial entre les deux pays.

Sous la pression de différents groupes d’agriculteurs américains, le président des États-Unis, Joe Biden, a publié ce mois-ci un décret présidentiel demandant au département de l’Agriculture de considérer l’établissement de nouveaux règlements qui définissent quand la viande peut porter l’étiquetage produit des États-Unis.

Tiré de ici-radio-canada.ca – Publié le 14 juillet 2021

Cette demande de révision des règlements intervient alors que différents groupes d’agriculteurs appellent au retour de l’étiquetage obligatoire indiquant le pays d’origine de production de la viande. Cette réglementation entrée en vigueur en 2008 avait été abrogée en 2015 après que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) eut jugé qu’elle violait le droit commercial international.

Depuis, de nombreux éleveurs américains font face à des difficultés financières, malgré la flambée des prix des produits alimentaires. La révision des règles d’étiquetage s’inscrit dans le cadre d’un effort plus large visant à améliorer la compétitivité du marché de l’industrie américaine de la viande.

Les règles actuelles permettent, sur une base volontaire, aux producteurs d’étiqueter la viande produit des États-Unis, même si l’animal a été élevé dans un autre pays. Des groupes comme le North Dakota Farmers Union (NDFU) estiment que le label ne devrait s’appliquer qu’aux morceaux de viande provenant d’animaux nés, élevés et transformés aux États-Unis.

Les Canadiens ne veulent pas perdre au change

Nous regardons ça de très près, prévient Dennis Laycraft, vice-président de la Canadian Cattlemen’s Association. L’association, qui regroupe les producteurs bovins canadiens, souhaite que les producteurs du Canada ne soient pas discriminés d’une façon ou d’une autre.

Dennis Laycraft dit espérer que toutes les parties prenantes choisiront de négocier et qu’il en aboutira un accord raisonnable profitant à l’ensemble du marché nord-américain. L’association annonce qu’elle est en discussion avec le gouvernement fédéral et des diplomates de Washington à propos de ce nouvel examen.

Si vous étiquetez d’une certaine manière, cela pourrait conduire à des réductions de prix [pour le bœuf canadien]. Dans notre esprit, cela violerait la décision de l’Organisation mondiale du commerce.

Si vous étiquetez d’une certaine manière, cela pourrait conduire à des réductions de prix [pour le bœuf canadien]. Dans notre esprit, cela violerait la décision de l’Organisation mondiale du commerce.

Dennis Laycraft, vice-président de la Canadian Cattlemen’s Association

Des antécédents qui coûtent cher

Le précédent règlement, abrogé en 2015, a été à l’origine d’un différend commercial entre le Canada et les États-Unis. Ottawa avait alors estimé que la loi américaine coûtait environ 1 milliard de dollars par année aux industries canadiennes du porc et du bœuf.

Après sa décision, l’OMC avait d’ailleurs donné au Canada le droit d’imposer des droits commerciaux de 1 milliard de dollars.

Selon la Canadian Cattlemen’s Association, l’industrie nord-américaine est étroitement intégrée, puisque les animaux transitent fréquemment d’un pays à l’autre. Elle estime que la valeur de ses exportations de bœuf et de bovins vivants vers les États-Unis se situe entre 2,5 et 3 milliards de dollars par an. Ainsi, elle se dit inquiète de tout changement entravant ce commerce.

Dennis Laycraft pense que le Canada aurait la possibilité de riposter par des droits de douane si les États-Unis partent dans ce sens.

Il ajoute que le secteur canadien bénéficie également du soutien de groupes tels que la National Cattlemen’s Beef Association, plus grande association d’éleveurs de bovins américains.

Source : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1808949/prix-boeuf-viande-eleveur-conflit-commercial