La recherche montre qu’un additif alimentaire réduit les émissions de méthane dans les parcs d’engraissement commerciaux

Des recherches récentes en Alberta ont confirmé qu’un nouvel additif alimentaire réduit les émissions de méthane des bovins des parcs d’engraissement jusqu’à 80%, selon le régime alimentaire.

Tiré de canadiancattlemen.ca – par Lisa Guenther – Publié le 18 février 2021
| Traduction et adaptation libre par la rédaction |

L’industrie du bœuf est fréquemment critiquée pour ses contributions en gaz à effet de serre, en particulier le méthane produit par les bactéries du rumen lors de la digestion des aliments par le bétail. Mais le méthane produit par le bétail fait partie d’un cycle qui séquestre également le carbone, un gaz à effet de serre beaucoup plus long. Toute réduction de méthane dans la production bovine pourrait aider à refroidir l’atmosphère, du moins à court terme, selon le Dr Frank Mitloehner de l’Université de Californie à Davis.

Ce dernier essai de deux ans a examiné les effets du 3–NOP, un additif développé par Royal DSM, dans l’alimentation des bovins de finition et de fond. Le projet impliquait la collaboration d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, des services de gestion de la santé des parcs d’engraissement, de Viresco Solutions, de Trimble Ag et de DSM Nutritional Products. L’Alberta Cattle Feeders Association a également soutenu la recherche, et Emission Reductions Alberta a fourni 1,5 million de dollars pour le projet de 3 millions de dollars.

Karen Haugen-Kozyra, présidente de Viresco Solutions, affirme que l’essai était le plus important du genre à ce jour sur l’additif alimentaire de Royal DSM, et aussi le premier à détecter les effets du traitement à l’échelle d’un parc d’engraissement commercial. Les chercheurs ont mesuré les émissions de méthane avec plusieurs méthodes différentes, y compris l’utilisation d’un drone pour collecter des échantillons à différentes hauteurs au-dessus des parcs d’engraissement. Karen Haugen-Kozyra dit que les résultats des trois méthodes se corroborent. Les traitements pour chaque régime ont été comparés aux groupes témoins qui n’avaient pas reçu de 3–NOP.

«C’était très excitant de pouvoir avoir un enclos d’animaux qui ont reçu un traitement, par rapport au témoin, et de pouvoir le détecter de manière très précise», explique Mme Haugen-Kozyra.

Les réductions des émissions de méthane variaient selon le régime alimentaire. En moyenne, les chercheurs ont constaté une réduction des émissions de méthane entérique de 70% lorsque l’ingrédient alimentaire était fourni dans des régimes de finition d’orge en flocons de vapeur ou laminés à sec à 125 mg/kg de matière sèche, note un communiqué de l’industrie. Dans les régimes de finition à base de maïs en flocons de vapeur, les chercheurs ont constaté une réduction de 31 à 80% à la dose de 125 mg/kg. Enfin, dans les régimes alimentaires de base, l’augmentation progressive de la dose de l’ingrédient alimentaire de 150 à 200 mg/kg a réduit le méthane de 17% à 26% par rapport aux animaux témoins.

Les chercheurs n’ont trouvé aucun effet négatif sur la santé animale ou les performances ou les caractéristiques de la carcasse avec l’additif.
Une recherche antérieure dirigée par la Dre Karen Beauchemin, chercheuse sur le bœuf à Agriculture et Agroalimentaire Canada, a révélé que le 3–NOP réduisait le méthane chez les bovins de 30 à 50% à long terme et améliorait l’efficacité alimentaire de 3 à 5%. Mme Haugen-Kozyra dit qu’ils se sont inspirés des méthodes de Mme Beauchemin lors de la conception de ce dernier essai.

3–NOP est une abréviation de 3-nitrooxypropanol, un composé qui inhibe une enzyme impliquée dans la production de méthane. Le composé se décompose dans le rumen en composés simples déjà trouvés dans la nature après avoir bloqué l’enzyme, selon les notes de publication d’Agriculture et Agroalimentaire Canada.

Prochaines étapes
Royal DSM a déposé une demande d’enregistrement commercial pour le 3–NOP sous le nom commercial Bovaer dans plusieurs pays, note le communiqué de l’industrie.

L’essai de réduction du méthane a également des répercussions sur le système de compensation basé sur la conformité de l’Alberta. Karen Haugen-Kozyra explique que le protocole original pour les bovins engraissés ne prévoyait que les animaux suivant un régime de finition, sans compter le fond. Étant donné que l’essai comprenait une analyse de fond, Viresco a pu utiliser ces informations pour réviser le protocole pour les bovins engraissés. Les responsables de l’Environnement et des Parcs de l’Alberta ont déclaré qu’ils examineraient le protocole révisé une fois que l’ingrédient sera approuvé pour une utilisation au Canada, a expliqué Mme Haugen-Kozyra.

On s’attend à ce que le 3–NOP soit approuvé pour une utilisation en Europe cette année, mais Mme Haugen-Kozyra dit qu’ils ne s’attendent pas à le voir approuvé ici avant 2022 ou 2023. La société a opté pour un processus d’approbation conjoint avec les Canadiens et les Américains. régulateurs, ce qui est plus complexe. L’additif va également être utilisé sur le marché des produits laitiers, et l’USDA veut voir trois cycles de lactation, ajoute-t-elle.

«Il faut beaucoup de temps pour pouvoir démontrer aux régulateurs l’efficacité et le bon fonctionnement de l’additif sans compromis (morbidité ou qualité de la viande).»

Pendant ce temps, les chercheurs canadiens ont plusieurs autres essais de réduction du méthane en préparation. Viresco participe à un projet à ses débuts à la recherche d’espèces d’algues présentes dans les eaux côtières du Canada qui ont des propriétés de réduction du méthane.

Mme Haugen-Kozyra dit qu’ils aimeraient également lancer un projet de granulés de citronnelle, mais qu’ils recherchent quelqu’un qui puisse traiter des granulés de citronnelle adaptés aux situations de pâturage.

Les chercheurs d’Agriculture et Agroalimentaire Canada étudient également une gamme d’additifs alimentaires pour réduire les émissions de méthane pendant le pâturage, ainsi que le potentiel des légumineuses riches en tanins comme le sainfoin, ajoute-t-elle. En fait, la réduction des émissions pendant le pâturage est au centre de la plupart des nouvelles recherches, et elle note que des quantités importantes d’émissions proviennent des animaux au pâturage.

Source : https://www.canadiancattlemen.ca/news/research-shows-feed-additive-cuts-methane-emissions-at-commercial-feedlots/