La recherche d’aujourd’hui offre les solutions de demain

Les recherches d’aujourd’hui ne vous aideront pas à surmonter la sécheresse de cette année, mais les renseignements et les conseils pratiques que vous lirez ailleurs le feront. La gestion des pâturages, le sevrage précoce, l’alimentation lente, les tests d’alimentation et d’eau, les aliments alternatifs et les conseils d’équilibrage des rations proviennent tous de recherches antérieures effectuées par des scientifiques et affinées par les producteurs. Mais la recherche financée par les producteurs en cours aujourd’hui nous aidera à faire face aux futures sécheresses.

Tiré de beefresearch.ca – par Reynold Bergen – Publié le 27 septembre 2021
| Traduction et adaptation libre par la rédaction |

Les cultures, les pâturages et les terres à foin de l’ouest et du centre du Canada sont desséchés. Dans de nombreux endroits, les seules plantes fourragères vertes et florissantes sont les légumineuses fourragères comme la luzerne, les vesces, le trèfle, le mélilot et le sainfoin. Les légumineuses ont des racines spécialisées qui leur permettent de capturer l’azote de l’air et de le convertir en protéines végétales. Cela améliore la fertilité du sol et la productivité fourragère et animale. Leurs systèmes racinaires peuvent également s’étendre très profondément dans le sol et leur permettre d’accéder à l’humidité du sous-sol que les plantes à racines peu profondes ne peuvent atteindre en période de sécheresse. Les chercheurs canadiens en fourrage travaillent fort aujourd’hui pour développer les variétés fourragères et les pratiques de gestion de demain qui amélioreront la productivité, la qualité nutritionnelle et la résilience dans des conditions environnementales difficiles.

À AAC Lacombe, Vern Baron collabore avec des chercheurs de l’Alberta, de la Saskatchewan et du Québec pour augmenter le rendement automnal et la persistance de la luzerne dans les régions nordiques. Certains éléments génétiques proviennent de vieux peuplements existants et résistants à l’hiver du nord de l’Alberta, mais la sélectionneuse québécoise Annie Claessens sélectionne également des plantes à croissance rapide sous contrôle de courte durée de jour dans des peuplements dormants tolérants au froid, et la physiologiste québécoise Annick Bertrand sélectionne des plantes très tolérantes au froid à partir de tribunes sud. Les nouvelles variétés à faible dormance doivent rester vertes à l’automne, conservant une plus grande résistance à l’hiver, tout en produisant plus que les variétés actuelles. Les lignées rustiques ont été comparées à travers le Canada. La sélection pour une résistance extrême à l’hiver avec une plus grande croissance automnale est la première étape pour obtenir des cultivars « résistants à la ferme » où ils peuvent être pâturés et doivent rivaliser avec l’herbe.

La luzerne est très productive, mais elle peut provoquer des ballonnements et est sensible au charançon de la luzerne. En revanche, le sainfoin ne gonfle pas, résiste au charançon de la luzerne et est plus tolérant au sel que la luzerne. Le sainfoin peut être ensemencé avec de la luzerne pour réduire le risque de météorisation, ou avec de l’herbe pour améliorer les rendements fourragers. La capacité du sainfoin à survivre et à prospérer dans ces peuplements mixtes dépend parfois des autres espèces avec lesquelles il est cultivé. À AAC Lethbridge, Surya Acharya collabore avec des scientifiques de l’Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba pour identifier la génétique du sainfoin qui a des taux de germination et d’émergence élevés, ainsi qu’un rendement, une résistance aux maladies et une persistance améliorés lorsqu’il est ensemencé de brome de verger, de prairie et hybride sur des sites de Lethbridge, Saskatoon et Carman. Diverses méthodes différentes d’ensemencement du sainfoin et de l’herbe sont également comparées, et des échantillons de fourrage sont évalués pour la digestibilité des animaux.

En Saskatchewan, Jillian Bainard et Bill Biligetu collaborent avec des chercheurs de l’Alberta, du Manitoba, du Québec et de l’Utah pour évaluer une grande variété de graminées et de légumineuses domestiques et indigènes, cultivées seules ou en mélanges pouvant contenir jusqu’à sept espèces à Lethbridge, Brandon, Swift Current, Beaverlodge et Saskatoon. La qualité du fourrage, le rendement et la repousse sont mesurés, en plus de la séquestration du carbone et des microbes du sol et de la diversité des pollinisateurs.

L’Ontario est exceptionnellement sec cette année, mais le centre et l’est du Canada sont plus souvent confrontés à l’engorgement et à une acidité plus élevée. À AAC Nappan en Nouvelle-Écosse, Yousef Papadopoulos collabore avec des chercheurs de l’Ontario, du Québec, du Nouveau-Brunswick, de l’Île-du-Prince-Édouard et de Terre-Neuve pour améliorer la durée de vie des peuplements de luzerne, de trèfle rouge et de lotier. Ils sélectionnent des variétés pour améliorer la germination, l’émergence, la vigueur et le développement des racines des graines dans des conditions gorgées d’eau ou acides, et testent des traitements naturels des semences qui peuvent améliorer l’établissement des semis dans ces environnements. Ils ensemencent également ces légumineuses dans des peuplements de graminées mixtes en utilisant différentes méthodes de semis, taux de fertilisation, saisons et intensités de pâturage sur des sites des Maritimes, du Québec et de l’Ontario, et évaluent l’impact de ces facteurs sur la persistance des espèces, la qualité et la productivité du fourrage.

Le Canada a la chance d’avoir un vaste réseau de chercheurs en fourrage collaborant les uns avec les autres sur une variété de différents projets financés par les producteurs à travers le pays. Cela leur permet d’obtenir le plus d’informations possible sur le fonctionnement de différentes pratiques génétiques et de gestion dans des endroits distincts, dans des conditions environnementales variables. Ces chercheurs et leurs parcelles de terrain sont confrontés aux mêmes pressions et défis environnementaux auxquels les producteurs sont confrontés dans ces régions. C’est pourquoi il est si important pour le Canada de maintenir et de soutenir ses propres programmes de sélection et de gestion des fourrages plutôt que de se fier à la génétique et aux pratiques de production développées ailleurs dans le monde.

Une fois cette sécheresse passée, certains producteurs de cultures peuvent se rendre compte que les rendements potentiels ne justifient pas les risques de production associés à la culture de cultures à haute valeur ajoutée et à haut rendement sur des sols ou des environnements de qualité marginale. Les fourrages et les bovins de boucherie peuvent être un meilleur choix pour ces conditions. Les chercheurs canadiens en fourrage travaillent à l’élaboration de fourrages et de pratiques de gestion qui aideront l’industrie du bœuf et du fourrage à relever les défis (et les possibilités) futurs que Mère Nature continuera de nous envoyer.

Source : https://www.beefresearch.ca/blog/research-today-solutions-tomorrow/