Comprendre les enjeux commerciaux : Implications pour l’exploitation agricole

Les statistiques sur le commerce, les accords commerciaux internationaux et les obstacles non tarifaires ne sont pas toujours au premier plan des préoccupations des familles d’agriculteurs. Étant donné que la plupart des producteurs vendent à des intermédiaires et n’exportent pas leurs produits directement vers d’autres pays, les enjeux commerciaux peuvent sembler distants de l’exploitation agricole.

Tiré de fcc-fac.ca –Publié le 18 juin 2021

Il faut prêter attention aux tendances commerciales, aux restrictions commerciales et aux exigences des acheteurs internationaux pour maintenir et développer les marchés.

Toutefois, pour de nombreux produits de base, la demande de produits et les prix sont directement touchés par les facteurs commerciaux. Comprendre et suivre la dynamique commerciale peut aider à prendre des décisions sur le plan de l’exploitation. Les analystes du marché fournissent de l’information sur l’offre, la demande et les prix, et le commerce occupe une place importante dans leurs projections. De nombreuses analyses de marché sont offertes gratuitement ou à peu de frais aux producteurs, mais il existe également des services spécialisés auxquels les producteurs peuvent s’abonner.

Envisager la transformation

Le canola est la culture la plus lucrative du Canada et environ la moitié du canola est destinée à la trituration pour produire de l’huile végétale et du tourteau plutôt que d’être exportée sous forme de semences entières. L’huile est exportée vers de nombreux pays, notamment les États‑Unis, la Chine et le Chili, qui l’utilisent principalement pour des applications alimentaires. La majeure partie du tourteau de canola est exportée vers les États‑Unis pour l’alimentation des bovins laitiers.

Parfois, les marges de trituration sont élevées, ce qui signifie que les usines de trituration sont rentables et qu’elles peuvent se permettre de surenchérir sur les acheteurs qui exportent des semences brutes. D’autres fois, l’inverse peut être vrai. Tout dépend de la demande internationale.

Dans la région des Prairies, plusieurs usines de transformation de pois potagers ont été établies pour isoler les protéines destinées au marché en croissance des protéines végétales. La demande et le commerce des protéines de pois deviennent un facteur sur le marché.

La proximité des usines de transformation peut influencer le rendement des agriculteurs et, par conséquent, les cultures qu’ils produisent.

En ce qui concerne les porcs et les bovins, le commerce d’animaux vivants entre le Canada et les États‑Unis est considérable. Pour les marchés étrangers, les principales exportations sont le porc et le bœuf. Comme l’industrie nord‑américaine de la viande rouge est hautement intégrée, les circonstances des usines de transformation américaines peuvent avoir une incidence directe sur les prix que reçoivent les producteurs canadiens. Tout événement qui perturbe une grande usine de transformation est une mauvaise nouvelle pour la demande et les prix du bétail.

Dans le secteur de la viande bovine, les peaux de bovins sont parfois prisées pour diverses utilisations du cuir, ce qui rehausse la valeur globale de chaque animal. À d’autres moments, le marché international du cuir est excédentaire par rapport à la demande, et les peaux peuvent avoir une valeur si faible qu’elles sont jetées.

Comprendre la loi de l’offre et de la demande et les facteurs qui influent sur le commerce peut aider à prendre des décisions de production et de commercialisation dans l’exploitation agricole. Chaque produit a ses nuances. Les facteurs de marché du soja non génétiquement modifié à identité préservée sont très différents de ceux du soja cultivé pour le marché de l’huile et du tourteau.

Bien que les producteurs individuels aient peu d’influence sur les divers facteurs commerciaux, ces facteurs influent de plus en plus sur les activités commerciales quotidiennes.

Initiative « Keep it Clean »

La plupart des producteurs de céréales, de canola et de légumineuses connaissent l’initiative « Keep it Clean ». Il s’agit d’une réponse coordonnée de l’industrie visant à maintenir l’ouverture des marchés internationaux.

Le site met fortement l’accent sur le choix du bon moment pour l’application du glyphosate avant la récolte. Le glyphosate ne doit pas être utilisé comme déshydratant et doit être appliqué lorsque la teneur en humidité des grains est inférieure à 30 % dans la partie la moins mature du champ. Ces mesures visent à éviter que le glyphosate présent dans les cultures récoltées dépasse la limite maximale de résidus (LMR) des pays importateurs.

L’orge de brasserie ne devrait jamais recevoir une application de glyphosate avant la récolte, et un nombre croissant d’acheteurs d’avoine de mouture ont la même exigence.

Dans les renseignements sur les cultures de légumineuses sur le site, le lien évident avec le commerce est expliqué. « Le Canada exporte chaque année près de quatre milliards de dollars de légumineuses dans plus de 130 pays, et les envois contenant même les plus petites quantités de résidus de pesticides inacceptables peuvent être rejetés, ce qui entraîne des pertes de plusieurs millions de dollars et met en péril des marchés clés [traduction]. »

Le site met l’accent sur la bonne stadification des cultures, les intervalles avant la récolte et l’utilisation de produits étiquetés seulement. La question est compliquée par le fait que différents pays ont des LMR différentes. Ce qui est acceptable dans un pays peut ne pas l’être dans un autre.

La culture de variétés homologuées seulement, la gestion des maladies et l’entreposage adéquat des cultures sont également des aspects clés de l’initiative « Keep it Clean ».

Déclaration d’admissibilité

À compter d’août 2020, dans le cadre de l’engagement pris par le Canada en vertu de l’ACEUM (Accord Canada–États‑Unis–Mexique), les déclarations d’admissibilité sous serment sont devenues essentielles. Les producteurs déclarent que le grain livré à un acheteur est de la variété et de la classe désignées au moyen de déclarations sous serment signées. Une déclaration sous serment distincte est exigée pour chaque acheteur de grain auquel un producteur vend des produits chaque année.

Les États‑Unis se sont dit préoccupés par le traitement discriminatoire du blé cultivé aux États‑Unis, particulièrement en ce qui concerne le classement légal. L’ACEUM permet aux grains cultivés aux États‑Unis de recevoir une catégorie canadienne officielle s’il s’agit d’une variété enregistrée au Canada. Dans le cadre de la réciprocité commerciale, tous les vendeurs de grains sont assujettis à la même obligation de déclaration.

Les déclarations sous serment étaient déjà assez couramment utilisées dans l’Ouest canadien, surtout pour les différentes classes de blé. Dans l’est du Canada, la Commission canadienne des grains collabore avec les intervenants du secteur des grains pour mettre les déclarations progressivement en œuvre au cours de la campagne agricole 2020‑2021.

Paramètres de durabilité

Les acheteurs et les utilisateurs finaux, nationaux ou internationaux, veulent de plus en plus savoir comment leurs aliments sont produits. Parfois, un prix plus élevé peut être payé pour une pratique de production particulière, comme dans le cas du bœuf nourri à l’herbe. Dans d’autres cas, il faut satisfaire aux exigences en matière de durabilité pour faire des affaires, et aucune mesure incitative n’est offerte.

Différentes entreprises dans le monde ont des conceptions différentes de ce qui est important. Certains veulent savoir si les terres céréalières n’étaient pas des prairies ou des forêts dans un passé récent. D’autres veulent s’assurer que les travailleurs sont bien traités. Certains acheteurs veulent savoir ce qui se passe dans chaque exploitation agricole auprès de laquelle ils achètent des produits. D’autres cas, comme l’huile de canola canadienne destinée à l’Europe pour le biodiesel, ont nécessité une évaluation globale de l’industrie canadienne.

Diverses initiatives de l’industrie ont été lancées pour établir et certifier la gestion responsable et la durabilité. Par exemple, le programme VBP+ (Verified Beef Production Plus) valide les pratiques agricoles responsables. L’inscription au programme est volontaire, mais les producteurs qui suivent la formation et qui font l’objet de vérifications pourraient jouir de l’accès à certains marchés.

Il en va de même pour les Plans agroenvironnementaux. Les acheteurs qui ont des exigences en matière de durabilité commencent parfois par exiger qu’une ferme ait un Plan agroenvironnemental à jour.

Le consommateur a toujours raison

Règle no 1 : Le consommateur a toujours raison. Règle no 2 : Si le consommateur a tort, se reporter à la règle no 1.

Les exigences toujours croissantes en matière de vente de produits agricoles aux échelles nationale et internationale imposent un fardeau supplémentaire aux agriculteurs. Cependant, elles peuvent aussi être considérées comme une occasion.

Pour que le Canada maintienne sa réputation de fournisseur fiable de produits alimentaires propres et salubres, toute la chaîne d’approvisionnement alimentaire devra continuer d’innover et d’évoluer. Il faut prêter attention aux tendances commerciales, aux restrictions commerciales et aux exigences des acheteurs internationaux pour maintenir et développer les marchés.

Source : https://www.fcc-fac.ca/fr/savoir/services-economiques/comprendre-les-enjeux-commerciaux.html