Agriculture régénératrice : la nature est dans la ferme

L’agriculture génère à elle seule 9,6 % des émissions de gaz à effet de serre au Québec. Des agriculteurs veulent renverser cette tendance en adoptant les principes du mouvement de l’agriculture régénératrice. Cet ensemble de pratiques vise à restaurer les sols afin d’en faire un outil pour lutter contre les changements climatiques.

Tiré de lapresse.ca – par Daphné Cameron – Publié le 28 mars 2021

« Le but de l’agriculture régénératrice, c’est d’utiliser les systèmes naturels dans nos systèmes agricoles. »

Paul Slomp est un éleveur de bovins établi à Saint-André-Avellin, en Outaouais. Il élève chaque année environ 120 vaches Angus au pâturage. Son troupeau est toujours dehors, même l’hiver, et ne mange que de l’herbe.

L’été, il tente le plus possible d’imiter les comportements naturels migratoires des grands troupeaux de ruminants comme les bisons. Depuis 2016, il déplace ainsi ses bêtes sur une nouvelle parcelle de champ quatre fois par jour à l’aide d’un système de clôtures amovibles.

« Dans la nature, les animaux prennent une bouchée d’herbe, puis ils prennent une marche pour avancer. Donc ils ne restent pas longtemps dans un petit espace, ils bougent tout le temps », explique l’agriculteur de 40 ans, qui a grandi dans une ferme laitière en Alberta.

Quelques études menées aux États-Unis en sont venues à l’étonnante conclusion que cette technique de rotation intensive parvient à produire du bœuf carboneutre. La théorie veut que le carbone atmosphérique séquestré lorsque l’herbe repousse compense les émissions de méthane produites par les flatulences des vaches.

Aucune étude n’a cependant encore été menée dans les conditions climatiques au Québec. Même si la science en est encore à ses débuts, Paul Slomp est convaincu des bienfaits de cette philosophie.

Quand on élève des bovins, on a un choix à faire. On peut utiliser des engrais chimiques, laisser tous nos animaux dans un bâtiment, faucher les champs, transporter tout ça à la grange, nourrir les animaux et, après cela, transporter tous les fumiers dans le champ. Ça, c’est un peu le système conventionnel. Mais le problème, c’est que c’est vraiment l’humain qui est l’espèce dominante et qui prend toutes les décisions.

Comment ça fonctionne ?

Dans sa ferme baptisée Grazing Days, Paul Slomp possède 270 acres de pâturage, 40 champs qu’il subdivise en plus petites parcelles d’une acre et demie. « On retourne à la même place environ 45 jours plus tard », explique-t-il.

Grâce à cette rotation, environ 50 % de l’herbe est ainsi broutée. Le reste est couché ou enterré par les sabots des animaux. Puisqu’elle est toujours vivante, l’herbe poursuit son processus de photosynthèse, ce qui permet de nourrir les micro-organismes du sol. Dans cet état, le sol est plus sain et tend alors à séquestrer davantage de carbone.

De son côté, la plante qui a été mangée va créer un nouveau système racinaire. « La vieille racine va mourir et rester dans le sol et ça, c’est du carbone dans le sol qui est vraiment stable. Il va rester là longtemps. »

Au Québec, seulement une poignée d’éleveurs bovins ont adopté cette approche.

« Je pense que le système de bovins au Québec, il faut le changer d’une façon ou d’une autre, parce qu’à long terme, ce n’est pas viable, Paul Slomp. Avec les changements climatiques, on va avoir de plus grosses sécheresses. On va avoir beaucoup plus de difficultés à nourrir nos animaux dans les granges, et le système traditionnel va être de plus en plus dispendieux et de plus en plus vulnérable, alors que les systèmes comme l’agriculture régénératrice vont être de plus en plus payants et de plus en plus résilients. »

Les cinq principes de l’agriculture régénératrice

Après avoir obtenu une maîtrise en gestion de l’environnement et développement durable à l’Université Harvard, Gabrielle Bastien a fondé, en 2017, l’organisme à but non lucratif Régénération Canada. Dans le cadre de ses études, elle a rencontré beaucoup de pionniers du domaine aux États-Unis. « À partir du moment où j’ai appris toutes ces idées-là, c’était vraiment un déclic et j’étais passionnée », raconte-t-elle.

Elle explique que l’agriculture régénératrice doit répondre à cinq grands principes : laisser le sol couvert et ne pas labourer, réduire ou éliminer les intrants chimiques comme les pesticides et les engrais chimiques, intégrer des plantes pérennes comme des arbres ou des vivaces, intégrer les animaux de manière régénératrice dans les écosystèmes et favoriser la biodiversité.

De manière générale, c’est une approche holistique qui vise à travailler avec la nature plutôt que contre elle.

L’agriculture régénératrice est-elle biologique ? « Ça fait un peu l’objet de discussions par les gens du mouvement, souligne-t-elle. Nous, on considère que les agriculteurs qui ne sont pas bios peuvent faire beaucoup de choses pour améliorer la santé de leurs sols. On croit que c’est absolument essentiel de les inclure dans la conversation et dans le mouvement parce que sinon, on ne va pas très loin étant donné que le secteur bio ne représente qu’un très petit pourcentage de l’agriculture à ce jour. »

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