Taxe sur le carbone sur le bœuf? Où est la science et la logique?

//  23 mars 2018  //  Dossiers, Production durable et environnement, Tendances et consommateurs  //  Commentaires fermés

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Greg Henderson
Le 21 mars 2018

Douze personnes sont mortes en Serbie cette année en raison d’une épidémie de rougeole, dont deux enfants, une tragédie imputée au manque de vaccins.

L’année dernière a apporté l’émergence de «l’eau brute» comme étant un engouement pour les boissons. L’eau brute est de l’eau de source non filtrée, non traitée et non stérilisée. Oh, et ça se vend plus cher qu’une bouteille de whisky raffiné. Les consommateurs d’eau brute ont été avertis que c’est une lubie dangereuse qui promet des bienfaits pour la santé, mais qui  peut donner de la dysenterie.

(Traduction libre de Mylène Noël)

Ce ne sont là que deux fureurs populaires qui ignorent la science – et même la simple logique – qui placent les négateurs de la science à leurs risques et périls. Reconnaissant l’ignorance pure de ces tendances, les professionnels de la santé doivent être frustrés que leur diffusion constante de faits scientifiques soit ignorée.

Ça, c’est pareil avec le boeuf… il serait le fléau de la Terre, un astéroïde géant et anthropique qui détruit notre planète. De telles pensées gagnent rapidement du terrain parmi les gens qui pourraient être enclins à boire de l’eau non traitée.

Richard Conniff, rédacteur en chef adjoint du New York Times, a insisté dimanche sur la théorie du boogie-boogeyman. Il prétend aimer manger du bœuf, mais écrit que « notre histoire d’amour collective avec le bœuf … a mal tourné, à bien des égards ». Conniff croit qu’il est temps d’imposer une taxe sur le boeuf.

Une taxe sur le carbone n’est pas une idée nouvelle, mais un récent article publié par des scientifiques français suggère une taxe sur le carbone provenant du bœuf afin de répondre aux objectifs européens en matière de changement climatique. Conniff est intrigué par une telle taxe. Il la justifie aux lecteurs en régurgitant des péchés de bétail souvent mal utilisés, tels que: le bétail est responsable de « 14,5% des émissions mondiales », soit « plus que les émissions produites par tous les moyens de transport dans le monde, véhicules, trains, bateaux et avions ». Conniff a écrit: « Le bétail consomme les récoltes du quart des terres cultivées dans le monde. Si on ajoute le pâturage et la fabrication de viande, cela occupe environ les trois quarts des terres agricoles de la planète. »

A-t-il pensé à cette dernière phrase quand il l’a écrite ? Le pâturage est une utilisation logique des terres qui ne conviennent pas à la culture du chou frisé ou des tomates anciennes. De vastes étendues de l’ouest des États-Unis devraient offrir un exemple de cette idée, mais le pâturage est également l’activité agricole dominante dans des endroits éloignés de l’ouest de la montagne.

Pour la perspective, M. Cunndiff devrait prendre une route vers l’ouest sur l’autoroute 2 au Nebraska de Grand Island à Alliance, ou aller vers le nord sur la route 77 au Kansas d’El Dorado à Manhattan. Il y trouvera la «mer d’herbe» que l’explorateur espagnol Francisco de Coronado avait décrite il y a près de 500 ans.

Voici le contexte autour de l’affirmation selon laquelle « le bétail occupe les trois quarts des terres agricoles ». Un tiers de la masse terrestre de la Terre est désertique – c’est-à-dire qu’il n’y a pas beaucoup de production alimentaire. Un peu plus d’un tiers (37%) est consacré à l’agriculture. De cela, environ 11% est utilisé pour faire pousser des cultures.

La logique suggère que nous réduirions considérablement notre approvisionnement alimentaire si nous cessions d’utiliser le bétail pour convertir l’herbe et le soleil en lait et en viande. Ce qui est aussi la conclusion scientifique des chercheurs de l’Agricultural Research Service de l’USDA et Virginia Tech est arrivé à une étude publiée dans les Actes des Académies nationales des sciences.

Leur position ? Un système alimentaire sain et durable dépend de la présence de plantes et d’animaux. Pour ceux d’entre nous qui ne boivent pas d’eau brute, il est bon de savoir que la science soutient certaines des choses que la logique suggère.

Dans un article publié sur Medium, Sara Place, directrice de la production de bœuf durable de la National Cattlemen’s Beef Association, affirme que sans l’agriculture animale, « nous réduirions les émissions de gaz à effet de serre aux États-Unis de 2,6% et de 0,36% dans le monde mais que nous bouleverserions aussi notre écosystème alimentaire équilibré et manquerions de nutriments essentiels pour nourrir tous les Américains. »

Place a également noté le rôle important du bétail dans notre système alimentaire durable. « Il prend la nourriture humaine non comestible et la rendre finalement nutritive. Spécifiquement, les bovins agissent comme des recycleurs, c’est à dire qu’ils mangent des herbes et des restes de matière végétale issus de la production alimentaire humaine et les améliorent en protéines nutritionnelles de haute qualité. En fait, ils produisent 19 pour cent de plus de protéines comestibles qu’ils n’en consomment. »

La science et la logique semblent toutes deux réfuter la théorie selon laquelle l’élimination du bétail de notre alimentation atténuerait le changement climatique.

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