Réflexions sur les quantités que boivent et mangent les bovins

//  1 juin 2017  //  Dossiers, Production durable et environnement, Tendances et consommateurs  //  Commentaires fermés

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Charlie Gracey examine l’utilisation en céréales et en eau des bovins

Par Charlie Gracey
Publié: 17 mai 2017

La sagesse conventionnelle soutient que les bovins de boucherie gaspillent les céréales et sont en concurrence directe avec les humains pour les approvisionnements limités en grains alimentaires et en eau. Ainsi, les grandes superficies consacrées aux céréales fourragères seraient mieux déployées dans la production de cultures directement consommables par les humains.

Cette observation peut sembler logique en surface mais, comme avec tant d’hypothèses faciles, il faut un examen plus approfondi. Récemment, le scientifique des aliments pour consommation humaine, Sylvain Charlebois de l’Université Dalhousie, a déclaré que les bovins requièrent « plus de 10 livres de nourriture pour animaux et huit gallons d’eau pour produire une livre de bœuf comestible ». La conclusion que la plupart des lecteurs tireraient de son commentaire serait que cela placerait un animal de boucherie en concurrence directe avec les humains pour un approvisionnement supposé limité en céréales alimentaires et en eau.

(Traduction libre de Mylène Noël)

Le débat sur le rôle du boeuf dans notre alimentation devrait commencer par les faits.

Je vous proposerais plutôt une image plus réaliste de la façon dont les bovins, avec leur merveilleux système digestif de ruminants, augmentent et améliorent considérablement l’approvisionnement alimentaire humain en convertissant les plantes indigestes aux humains en aliments protéiques de haute qualité provenant de terres totalement inadaptées à d’autres fins que le pâturage.

Consommation de céréales

Commençons par des informations «factuelles» de base sur la consommation de céréales par les bovins de boucherie.

Le grand public ne réalise souvent pas que, même si on peut donner de petites quantités de céréales à la vache en tant que génisse en pleine croissance, elle passe quand même toute sa vie à manger de l’herbe ou des fourrages qui ont été stockés pour l’hiver. Son veau est sevré à environ 40 pour cent de son poids mature sur un régime de lait maternel et de pâturage. Qu’il entre au parc d’engraissement en tant que veau sevré, yearling ou de courte se garde, on peut dire qu’un animal « moyen » va en engraissement à environ 55 pour cent de son poids mature final après avoir consommé principalement des pâturages, du foin et des ensilages stockés, et peu ou pas de grain.

Dans un parc d’engraissement, sa ration consiste en un mélange de fourrages ou d’ensilages et d’une ration de grains de maïs ou d’orge avec une petite quantité de supplément de protéines. Sur la base des données des tendances de Canfax, j’ai calculé que les bovins dans les parcs d’engraissement consomment en moyenne 7,2 livres de céréales par livre de poids réel.

Si cette quantité de céréales est appliquée au poids final de l’animal, comme il le devrait, la consommation de céréales atteint 3,3 livres de grain par livre de poids vif final.

Ce ratio d’utilisation est exprimé en termes de poids vif et doit ensuite être converti en bœuf désossé réel. Une carcasse moyenne de bœuf pèse 60 pour cent du poids des animaux vivants, mais la quantité de bœuf désossé dans une carcasse représente 42,6 pour cent du poids des animaux vivants.

Le reste n’est pas gaspillé, serrez votre ceinture ou regardez vos chaussures … Donc, s’il fallait 3,3 livres de grain pour produire une livre de gain de poids vif, cela fait 7,7 livres pour produire une livre de boeuf désossé.

Bien que ce soit bien en-dessous des «plus de 10 livres» mentionnées couramment, ce n’est pas tout. Chaque année, 16% de l’offre totale de boeuf est produite à partir de vaches et de taureaux abattus qui consomment des quantités négligeables de céréales, à l’exception de celles consommées par les vaches laitières pour soutenir la production laitière. Par conséquent, notre chiffre de 7,7 livres s’applique à seulement 84% du boeuf désossé lorsqu’il est réparti sur la production annuelle totale, de sorte que le chiffre correct pour l’utilisation des céréales par le secteur du boeuf est d’environ 6,5 livres de céréales pour produire une livre de bœuf désossé au détail. C’est en effet un ratio beaucoup plus faible que celui couramment utilisé pour décrire la consommation de céréales dans la production de boeuf.

Utilisation de l’eau

Qu’en est-il de l’utilisation prétendument élevée de l’eau dans la production de bœuf ? Les besoins en eau potable pour les bovins varient d’un minimum d’environ 20 litres à un maximum de 65 litres par jour en fonction du type de bovins et de la température. En reconnaissant cette variabilité, une généreuse consommation quotidienne moyenne globale de 45 litres par jour pour un bouvillon ou une génisse signifie qu’à l’âge moyen d’abattage de 18 mois, l’animal a consommé 25 000 litres d’eau. La vache mère, quant à elle, aurait consommé 18 000 litres supplémentaires, ce qui permettrait d’arrondir jusqu’à 20 000 litres pour le père. Rappelez-vous que le père est père d’environ 20 descendants par an, de sorte que sa consommation d’eau peut être répartie sur ce nombre de descendants.

Ainsi, les besoins en eau pour produire un bouvillon fini ou une génisse finie totalisent environ 45 000 litres. Ce qui en ressort est une carcasse de bœuf ou de génisse pesant environ 380 kg. (J’ignore le fait que la vache et le taureau abattus contribuent également à l’approvisionnement en boeuf). Cela signifie que 45 000 litres d’eau ont été consommés pour la production d’une carcasse de 380 kg. Cela représente environ 118 litres d’eau par kg de poids de carcasse ou 162 litres par kg de boeuf désossé.

Il est donc évident que ceux qui disent qu’il faut huit gallons d’eau pour produire une livre de boeuf (soit 80 litres par kg de bœuf comestible) est une sous-estimation considérable. Probablement, que l’estimation inférieure de 80 litres se référait uniquement à la consommation d’eau dans le parc d’engraissement et ne comprenait pas l’eau consommée par l’animal avant son arrivée dans le parc d’engraissement ou l’eau consommée par la mère et le père.

Mais qu’est ce que ça veut dire ? Certes, un grand volume d’eau est utilisé dans la production de boeuf et, comme je l’ai montré, ce serait presque exactement le double de la quantité que l’on croit. D’accord, mais alors ? L’eau, en particulier l’eau utilisée dans l’agriculture, est la ressource renouvelable ultime et chaque goutte est retournée à la nature pour être utilisée encore et encore. Toute l’eau utilisée pour produire cette livre de boeuf, à l’exception de la teneur en humidité du bœuf lui-même, était de retour dans la nature avant que l’animal ne soit commercialisé. Aucune goutte n’a été détruite ou gaspillée. L’utilisation de l’eau dans la production de boeuf devient un problème seulement où elle est rare et est nécessaire à d’autres fins plus urgentes et ce n’est pas un problème dans aucune des régions productrices de boeuf du Canada.

Avec les mathématiques expliquées, nous pouvons passer à la question principale. La production de céréales pour les bovins est-elle en concurrence avec la production de céréales pour consommation humaine au Canada ?

La production annuelle totale de céréales et d’oléagineux au Canada est actuellement de 75 millions de tonnes. La production de céréales secondaires, qui comprend des céréales fourragères, contribue à environ un tiers de cette offre. Environ la moitié de l’approvisionnement en céréales secondaires est utilisée à des fins industrielles, comme le maltage, et l’autre moitié, environ 14 millions de tonnes, est utilisée comme céréales fourragères pour les bovins, les porcs, la volaille et toutes les espèces d’élevage mineures. À l’heure actuelle, les prix de toutes les céréales sont quelque peu réduits et ils seraient encore plus faibles si la demande de céréales fourragères n’avait pas été exercée par le secteur de l’élevage. En plus de consommer des céréales fourragères, les bovins sont le seul débouché pour les quantités importantes mais variables de céréales pour consommation humaine qui ont été endommagées par la météo. Sans l’industrie des bovins, ces céréales pour consommation humaine déclassées seraient gaspillées.

Donc, si l’on considère la situation de manière équilibrée, on peut voir qu’en utilisant des cultures fourragères, des pâturages et une quantité modeste de céréales fourragères, les bovins de boucherie fournissent du boeuf dense en protéines de haute qualité pour augmenter l’approvisionnement alimentaire humain. Il est vrai qu’ils consomment des quantités de céréales fourragères pendant la phase d’engraissement, mais beaucoup moins qu’on ne le suppose en général. De plus, ils utilisent de manière avantageuse des céréales pour consommation humaine de mauvaise qualité ou gâtées et d’autres résidus de cultures qui n’ont pas d’autre utilité ni valeur.

Il est possible de finir les bovins uniquement sur les fourrages, mais cela prend plus de temps et cela prendrait une grande partie du terrain actuellement consacré à la production de céréales pour consommation humaine, avec peu ou pas de réduction de coût. La portion de céréales ne représente qu’environ 23 pour cent du coût total de production d’un parc d’engraissement.

La production de boeuf devrait-elle être réduite dans le but d’augmenter l’approvisionnement alimentaire mondial? Loin d’améliorer la quantité ou la qualité nutritionnelle de l’alimentation humaine, cela entraînerait une baisse de l’approvisionnement en protéines de haute qualité et une forte réduction de l’offre totale de nourriture pou humain.

Pour comprendre cette observation apparemment illogique, il suffit de reconnaître que de vastes étendues de terres sur tous les continents ne sont pas adaptées à la culture intensive nécessaire à la production de céréales, de fruits et de légumes. Même qu’une meilleure exploitation agricole bénéficie de la rotation des cultures avec des fourrages et des applications de fumier pour améliorer la fertilité et le sol. Ainsi, réduire ou éliminer la production de boeuf signifierait que les grandes superficies de terres qui ne conviennent que pour le pâturage ne pourraient plus contribuer à l’approvisionnement alimentaire pour les humains. Sur les 160 millions d’acres de terres agricoles au Canada, 50 millions d’acres sont décrites comme des pâturages, i.e. des pâturages domestiques et naturels. Il y a 17 millions d’acres supplémentaires qui sont consacrés au foin domestique.

Il pourrait être prudent de se rappeler la dévastation infligée aux vastes régions du Canada et des États-Unis pendant la crise des années trente lorsque des millions d’acres de sol fragile ont été mises sous la charrue en réponse aux prix temporairement élevés du blé. La leçon apprise alors est que certaines terres devraient rester à l’herbe et ne devrait pas être oubliées si rapidement. L’humanité a des siècles d’expérience à équilibrer la production bovine et la production végétale, et n’a seulement qu’une expérience très récente et localisée avec l’agriculture sans élevage.

Charlie Gracey est analyste de l’industrie du boeuf qui vit en Ontario.

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Musings on how much cattle eat and drink

Charlie Gracey looks at grain and water usage in cattle

By Charlie Gracey

Published: May 17, 2017

Conventional wisdom holds that beef cattle are wasteful users of grain and in direct competition with humans for finite supplies of food grains and water. Thus the large acreages devoted to feed grains might better be deployed in the production of crops directly consumable by humans.

This observation may appear logical on the surface but, as with so many easy assumptions, it requires closer examination. Recently food scientist Sylvain Charlebois of Dalhousie University commented that cattle require “more than 10 pounds of feed and eight gallons of water to produce one pound of edible beef.” The inference most readers would draw from his comment would be that this placed the beef animal in direct competition with humans for a supposedly limited supply of food grains and water.

The debate about the role of beef in our diet should begin with the facts.

So I would offer a more realistic picture of how the bovine, with its marvellous ruminant digestive system, greatly increases and enhances the human food supply by converting plants indigestible by humans into high-quality protein foods from land entirely unsuitable for any purpose other than grazing.

Grain consumption

Let us begin with some basic “factual” information on grain consumption by beef cattle.

The general public often doesn’t realize that the cow herself spends her entire life eating grass or stored forage in winter, although she may receive small amounts of grain as a growing heifer. Her calf is weaned at about 40 per cent of its mature weight on a diet of mother’s milk and grazing. Whether they enter the feedlot as weaned calves, yearling or short keeps, it is fair to say an “average” animal goes on feed at about 55 per cent of its final mature weight having consumed mainly pastures, stored hay and silages, and little or no grain.

In a feedlot its ration consists of a mixture of forages or silages and a grain ration consisting of corn or barley with a small amount of protein supplement. Based on Trends data from Canfax, I calculate cattle in the feedlot consume, on average, 7.2 pounds of grain per pound of live weight gain.

If this grain is applied to the final weight of the animal, as it should be, grain consumption works out to 3.3 pounds of grain per pound of final live weight.

This ratio of usage is expressed in terms of live weight and must next be converted to actual boneless beef. An average beef carcass weighs 60 per cent of the live animal weight but the amount of boneless beef in a carcass averages 42.6 per cent of the live animal weight.

The rest is not wasted, tighten your belt or look at your shoes… I’ll leave it there. So, if it took 3.3 pounds of grain to produce one pound of live weight gain, that converts to 7.7 pounds to produce one pound of boneless beef.

Even though this is well below the “more than 10 pounds” commonly mentioned, it’s not the whole story. Annually 16 per cent of the total beef supply is produced from culled cows and bulls that consume negligible amounts of grain, aside from that consumed by dairy cows to support milk production. Therefore our figure of 7.7 pounds applies to only 84 per cent of the boneless beef when spread over total annual production, so the correct figure for grain usage by the beef sector is about 6.5 pounds of grain to produce one pound of boneless retail beef. That indeed is a far lower ratio than is commonly used to describe grain consumption in beef production.

Water usage

What about the allegedly high water use in beef production? Drinking water requirements for cattle vary from a low of about 20 to a high of 65 litres per day depending on the type of cattle and the temperature. Recognizing this variability, a generous overall average daily consumption of 45 litres per day for a steer or a heifer means that at an average slaughter age of 18 months the animal has consumed 25,000 litres of water. The mother cow, meanwhile, would have consumed an additional 18,000 litres, which I will round up to 20,000 litres to accommodate the sire. Recall that the sire is sire to approximately 20 offspring per year so his water consumption can be spread over that number of offspring.

So the water requirements to produce a finished steer or heifer totals roughly 45,000 litres. The output is a steer or heifer carcass weighing approximately 380 kg. (I am ignoring the fact that the culled cow and bull also contribute to the beef supply). So that means that 45,000 litres of water were consumed in the production of a 380-kg carcass. That works out to about 118 litres of water per kg of carcass weight or 162 litres per kg of boneless beef.

So it is apparent the claim that eight gallons of water is needed to produce one pound of beef (equates to 80 litres per kg of edible beef) is a considerable underestimation. Probably the lower estimate of 80 litres referred only to water consumption in the feedlot and did not include the water consumed by the animal before it arrived in feedlot or the water consumed by the dam and sire.

But what does this mean? Certainly a large volume of water is used in beef production and, as I have shown, in almost exactly double the amount claimed. But so what? Water, especially water used in agriculture is the ultimate renewable resource and every drop of it is returned to nature to be used again and again. All of the water used to produce that pound of beef, except the moisture content of the beef itself, was back in nature before the animal was marketed. Not one drop was destroyed or wasted. Water usage in beef production becomes an issue only where it is scarce and is needed for other more urgent purposes and that is not a problem in any of the beef-producing regions of Canada.

With the math explained we can move on to the main question. Does the production of feed grain for livestock compete with food grain production in Canada?

The approximate total annual grain and oilseed production in Canada presently is 75 million tonnes. Coarse grains production, which includes feed grains, contributes roughly one-third of that supply. About half of the coarse grain supply is used for industrial purposes, such as malting, and the other half, about 14 million tonnes, is used as feed grains for cattle, hogs, poultry and all the minor livestock species. Currently, the prices of all grains are somewhat depressed and would be even lower were it not for the demand for feed grain exerted by the livestock sector. In addition to consuming feed grains, livestock are the only outlet for the significant but variable quantities of weather-damaged food grains. Without the livestock industry these off-grade food grains would be wasted.

So if one looks at the situation in a balanced way, one can see that by utilizing forage crops, pastures and a modest amount of feed grain, beef cattle provide high-quality, protein dense beef to augment the human food supply. It is true that they consume quantities of feed grains during the feedlot stage but much less than is commonly supposed. As well, they make beneficial use of lower-quality or spoiled food grains and other crop residues that have no other use or value.

It is possible to finish cattle solely on forages but it takes longer, and would take up much of the land currently devoted to feed grain production, with little if any reduction in cost. The grain portion makes up only about 23 per cent of total cost of production in the feedlot.

So should beef production be reduced in an effort to increase the global food supply? Far from improving either the quantity or the nutritional quality of the human food supply, this would result in a lower supply of high-quality protein and a sharp reduction in the total supply of human food.

To understand this apparently illogical observation one has only to recognize that vast areas of land on every continent are unsuited to the intensive cultivation necessary to produce food grains, fruit and vegetables. Even better farming land benefits from crop rotations with forages and applications of livestock manure to improve soil tilth and fertility. So, to reduce or eliminate beef production would mean that the large acreages of land that are suitable only for grazing could no longer make any contribution to the human food supply. Of the 160 million acres of agricultural land in Canada, 50 million acres are described as pasture land, meaning tame and natural pasture land. An additional 17 million acres are devoted to tame hay.

It might be prudent to recall the devastation visited upon vast areas in Canada and the United States during the Dirty Thirties when millions of acres of fragile soil were put to the plow in response to temporarily high wheat prices. The lesson learned then that some land should remain in grass should not be so quickly forgotten. Humanity has centuries of experience with balancing livestock and crop production and only very recent and localized experience with agriculture without livestock.

Charlie Gracey is a beef industry analyst living in Ontario. More detail on this topic is available on his website at www.charlesgracey.net.

 

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