Les consommateurs peuvent-ils gérer la vérité?

//  8 juin 2017  //  Marchés, Tendances et consommateurs  //  Commentaires fermés

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Voici ce qu’en pense Gregory Bloom dans son blogue du 25 mai dernier. Bloom a été plus de vingt ans dans l’industrie, travaillant dans six usines de viande inspectées par l’USDA, vendant de la viande, développant des articles à valeur ajoutée et entraînant des chefs, des coupeurs de viande et des vendeurs de produits alimentaires à propos de la viande.

Dans le blogue d’avant, il avait recommandé à tous les secteurs de l’industrie agricole tourmentée, qu’il s’agisse de boeuf, de porc, de volaille, d’agneau, de maïs ou de soja, d’être plus volontairement transparents et proactifs en racontant des histoires de production agricole. Bref, d’être plus offensifs dans leurs actions.

Mais, demande-t-il, les consommateurs peuvent-ils gérer la vérité ? Sont-ils trop éloignés des réalités de la production alimentaire pour comprendre les aspects difficiles de la production animale ? Certains disent qu’à un public qui n’est pas en production d’aliments, c’est trop difficile de lui parler et de lui expliquer des choses comme le marquage, la castration, l’écornage, l’insémination artificielle, le pistolet d’abattage et l’étourdissement électrique, le sectionnement de la queue et les cages de gestation.

Beaucoup de gens de notre industrie affirment que les consommateurs plus jeunes d’aujourd’hui ne peuvent pas gérer la vérité, affirme Bloom. C’est une des raisons pour lesquelles nous ne voyons pas trop de vidéos ou de documentaires bien réalisés sur ces sujets sensibles. Bloom dit qu’il aurait entendu un conférencier déclarer quelque chose comme « Les consommateurs ne peuvent comprendre la nécessité de faire des pratiques de production « difficiles-à-expliquer » et qu’il serait donc préférable de ne pas les aborder. Si vous devez en parler, utilisez des mots sympathiques comme la récolte plutôt que l’abattage, la stérilisation au lieu de la castration ».

Bloom craint que l’adoption d’une telle approche euphémique ne ferait qu’ouvrir les portes aux critiques.

« Si nous ne répondons pas directement aux sujets difficiles, nous laissons probablement la porte ouverte aux groupes de défense des animaux pour y remédier. Si nous laissons le récit entre leurs mains, c’est déjà prouvé qu’ils fausseront la vérité en ne montrant que des exemples extrêmes de négligence et de cruauté, ou les rares cas d’une procédure qui va mal. Nous devrons alors répondre à des questions à la défensive, comme si nous étions le parti accusé dans un procès frivole sans fin » affirme Bloom.

L’aspect générationnel de la présentation de la vérité

Nous ne nous sommes pas bien adaptés à la nature changeante des communications et des relations publiques de notre temps, déclare Bloom.

Pour expliquer ce qu’il veut dire, Bloom prend un exemple d’une famille qu’il surnomme Walkerson (il a changé le nom pour protéger la vie privée). La famille est productrice de bovins depuis cinq génération. Les grands-parents sont âgés de plus de 90 ans et ne sont plus actifs dans l’opération. Ils n’ont jamais eu de problèmes de relations publiques. Les parents, âgés de plus de 60 ans, pensent qu’il est préférable de maintenir le cap et de « rester à l’écart des radars », d’opérer aussi discrètement que possible, sans attirer l’attention des détracteurs vocaux actuels de l’industrie. Les enfants, dans la trentaine, sont des millénaires typiques qui souhaitent montrer à leurs réseaux sociaux tout ce qu’ils font en pratique dans la production bovine, soit le bon, le mauvais et le souvent-perçu laid.

Ty Walkerson, maintenant âgé de 32 ans, a réalisé plusieurs excellentes vidéos montrant des vaccinations, des marquages et des castrations faits de la bonne façon. Mais ses parents lui interdisent de les publier en ligne. Ty se soumet aux souhaits de ses parents car après tout, ce n’est pas encore son ranch. Mais il attend le jour où il pourra raconter son histoire et expliquer ses pratiques. Ses parents ne voient absolument aucun risque à laisser le nom du ranch et ses pratiques ouverts à l’examen injuste des personnes étrangères hostiles. Pour la même raison, la famille n’autorise pas les visites de ranch aux groupes de l’extérieur. Donc, pour l’instant, il n’y aura pas de vidéos concernant leur ranch qui seront publiées sur les réseaux sociaux.

Ty Walkerson disait : « De nombreux citadins pensent que nous maltraitons nos veaux lorsque nous les amenons aux chutes, les vaccinons, les marquons et les castrons. Une amie m’a dit qu’elle a vu une vidéo d’un groupe de rednecks faisant la fête après avoir durement traité les bovins en les attrapant au lasso et les marquant et que ça ressemblait à une bagarre d’ivres pour la fête du marquage. Je veux lutter contre ces types d’images et de représentations. Nous devons montrer aux gens comment c’est bien fait ».

Bloom vous demande donc : « Qu’en pensez-vous ? Devrions-nous garder un profil bas et garder le silence parce qu’il y a trop peu de bon côtés et trop de risques pour être entièrement transparents ? Serait-il préférable que nous nous assoyions et que nous regardions l’opposition contrôler le récit ?

Mylène Noël
Rédactrice web
SPEQ

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