Les abattoirs mobiles vont-ils bientôt commencer à rouler en Australie?

//  13 avril 2018  //  Gestion, Techniques et innovations  //  Aucun commentaire

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Dans un article publié le 5 mars 2018 sur le site web de Beefcentral.com, James Nason annonce l’arrivée des abattoirs mobiles comme étant une nouvelle technologie bouleversante qui pourrait être adoptée en Australie. Victoria devait adopter une loi permettant aux abattoirs mobiles de fonctionner dans la semaine qui suivait la date de publication de son article. Une réglementation importante sera nécessaire, elle pourrait être établie l’an prochain mais la législation sur les abattoirs mobiles différera d’un État à l’autre.

La viabilité commerciale des abattoirs mobiles autonomes en Australie reste à prouver

Cet abattoir mobile (MSU) développé en Suède a remporté la première place lors d’une compétition australienne de démarrage d’une technologie agricole l’an dernier, a dit Nason. Tous s’attendaient à des perturbations provenant de la chaîne traditionnelle de transformation de la viande rouge, et en effet, elles ont rapidement suivi.

Cependant, alors que le débat se poursuivait sur les avantages, les inconvénients et la viabilité probable des abattoirs mobiles en Australie, soulève Nason, il y avait une barrière plus grande et plus immédiate qui a empêché le démarrage de ce lauréat de la nouvelle technologie. Cette barrière venait du fait qu’il est illégal pour une telle installation d’opérer à Victoria, là où la compagnie est basée.

La législation du gouvernement d’état dicte comment et où les abattoirs peuvent fonctionner en Australie, explique Nason. Tous les États permettent aux bouchers mobiles de traiter les animaux dans les fermes, à condition que la viande produite ne quitte pas réellement la ferme. Cependant, la législation varie entre chaque État.

La législation à Victoria ne permet pas actuellement aux abattoirs mobiles de fonctionner en tant qu’alternative aux usines de traitement à site fixe, explique Nason. Cependant, depuis le démarrage de SproutX à Melbourne en juillet dernier, des travaux ont été entrepris au sein du gouvernement Victorien pour accélérer la mise en place d’une législation qui étendrait la définition d’abattoir d’un lieu à une installation abattoir mobile. Les amendements Victoriens à la loi sur la viande qui permettraient que cela se produise devaient être présentés au Sénat de l’État de Victoria la semaine du 5 mars. Ils sont contenus dans ce qu’on appelle une «loi omnibus» qui est un projet de loi regroupant plusieurs autres mesures en un seul vote, ce qui fait qu’elle pourrait être repoussée à une date ultérieure, comme cela s’est déjà produit deux fois, a dit Nason.

Mais même si la Première Victoria approuvait les modifications à la Loi sur la viande cette semaine, affirme-t-il, il faudra probablement un certain temps, peut-être même un an, avant que la réglementation sous-jacente pour permettre à un abattoir mobile de fonctionner à Victoria soit élaborée et mise en place.

Selon Nason, avant de pouvoir procéder à Victoria, il faut encore développer plusieurs niveaux de réglementation couvrant la sécurité alimentaire, la qualité de l’eau, la planification environnementale, l’élimination des déchets, la santé et la sécurité au travail, les questions de zonage, la traçabilité NLIS, etc.

Viabilité commerciale?

Certains sont convaincus que les abattoirs mobiles peuvent constituer un véritable moyen de réduire les coûts, d’améliorer l’efficacité et d’améliorer le bien-être des animaux dans la chaîne d’approvisionnement de la viande rouge australienne en transportant l’usine vers les animaux plutôt que l’inverse, affirme Nason.

En Australie, où les bovins doivent souvent être transportés sur de longues distances pour être transformés, l’élimination ou la réduction de ce coût serait certainement une proposition intéressante pour de nombreux producteurs, a-t-il ajouté.

FarmGate MSU, la création qui a remporté l’événement SproutX de l’année dernière, indique sur son site internet que le traitement mobile introduira une nouvelle catégorie de viande rouge sur le marché australien, la «viande éthique», et ceci parce que cela éliminera du processus de transformation la partie du stress causé par le transport d’animaux vivants. Cela permettrait aux marques utilisant le traitement mobile de revendiquer le «plus haut niveau de bien-être animal et de qualité alimentaire», avec des opportunités de création de valeur ajoutée / de marque, a-t-il déclaré.

La société suédoise Hälsingestintan a lancé le premier abattoir mobile d’Europe. Cette société la décrit comme étant un abattoir roulant, sans stress, qui se rend sur la ferme, éliminant ainsi le transport inutile de l’animal. L’abattoir mobile comprend deux remorques tirées par un moteur principal, et est conçu pour fonctionner n’importe où en fournissant son propre stockage d’électricité, d’eau et de froid pour la viande transformée. Il pourrait tuer jusqu’à 30 animaux par jour, avec un personnel de quatre personnes. Nason relate qu’un journal écossais a rapporté que la viande est ensuite transportée dans le hangar de l’entreprise pour qu’elle soit attendrie et coupée. La société affirme également qu’un vétérinaire est toujours disponible pour assurer un niveau élevé de bien-être animal.

Cependant, selon Nason, il y aurait eu des recherches sur les expériences pratiques avec les petits abattoirs mobiles dans d’autres pays qui auraient mis en évidence des complexités qui feraient de ce concept un outil difficile à travailler dans la pratique.

Dans un rapport publié en Octobre 2017, Tammi Jonas, aurait dit avoir visité un abattoir mobile et affirmé qu’il y aurait aussi eu des commentaires disant que la viabilité de l’abattoir mobile avait été affectée par divers facteurs, notamment la difficulté d’assurer un débit continu, les coûts associés au déplacement d’une ferme à l’autre (logement du personnel) et les problèmes de conformité et de zonage sur plusieurs sites. Par contre, elle aurait ajouté que des recherches l’avait amenée à penser que les abattoirs mobiles pourraient travailler dans des zones reculées, où les agriculteurs pourraient supporter des frais d’abattage plus élevés en contrepartie des opportunités récupérées et des coûts des véhicules à grande distance. Cependant, une région peuplée de petits éleveurs de bovins comme ceux des hauts plateaux du centre de Victoria, un abattoir fixe, est plus susceptible d’être à la fois viable et durable à long terme, aurait-elle dit..

Selon Nason, en 2009, Annabelle Coppin, célèbre productrice de bovins dans le nord-ouest de l’Australie, aurait enquêté sur les unités d’abattage mobile dans le cadre d’un voyage d’étude à l’étranger. Elle aurait écrit dans son rapport final que l’industrie australienne devrait reconnaître les avantages potentiels qu’ils pourraient offrir dans son pays, en particulier pour les régions éloignées qui sont loin des installations de traitement. MSU a offert de la flexibilité, moins de besoins d’investissement en capital et des avenues de marketing de niche.

Cependant, les plus grands défis ont été le faible débit car les unités d’abattage mobiles et modulaires qu’elle a visitées aux États-Unis ne pouvaient traiter que 10 à 50 bovins par jour. Pour cette raison, cela a mis la pression sur la viabilité économique et le coût de la réglementation, ce qui était un facteur inhibant majeur aux États-Unis.

Coppin aurait déclaré à Beef Central qu’elle trouvait que c’était très encourageant de voir cette initiative aller de l’avant  comme la législation était son principal obstacle, si cette dernière était surmontée, cela pourrait devenir une autre option à considérer sérieusement.

Elle aurait aussi ajouté que la réglementation américaine semblait beaucoup moins problématique que celle de l’Australie. Les règlements en Australie étant plus compliqués et les coûts beaucoup plus élevés.

Elle aurait déclaré que le problème du débit était un véritable problème et, par conséquent, elle ne pensait pas que MSU puisse jamais résoudre les grands défis de la chaîne d’approvisionnement de la transformation du boeuf dans le Nord.

Cependant, elle croit que cette technologie pourrait être profitable aux producteurs qui recherchent des marchés verticalement intégrés de grande valeur pour une petite partie de la part de marché. C’est, selon elle, ce dont l’industrie Australienne aurait vraiment de besoin pour la diversité des marchés.

Les abattoirs mobiles doivent atteindre un marché où l’histoire est racontée (donc ils ne sont pas pour tout le monde), dit-elle enfin. Elle croit que cette valeur supplémentaire pourrait peut-être compenser les inefficacités du traitement par rapport aux abattoirs conventionnels.

Vue des transformateurs de viande: Qu’est-ce que les transformateurs de viande établis pensent de cette tendance?

Robert Barker du Conseil australien de l’industrie de la viande (AMIC) aurait déclaré que si la législation et la réglementation autorisent l’exploitation d’abattoirs mobiles, l’AMIC s’attendrait à ce que les abattoirs mobiles respectent des réglementations de façon au moins aussi strictes que celles des abattoirs fixes, soit celles de la gestion des déchets, des risques potentiels de biosécurité, de l’assurance de la salubrité des aliments, de la traçabilité et de la conformité aux NLIS, des exigences réglementaires environnementales, de la planification des conseils locaux et des conditions d’autorisation.

Il aurait ajouté que les installations mobiles agissant comme points de vente de viande devraient être soumises au même nombre de vérifications, aux mêmes exigences pour les plans de sécurité alimentaire et aux mêmes conditions de licence, comme n’importe quel point de vente fixe.

Abattoirs mobiles dans d’autres États:

Selon les enquêtes de Beef Central, alors que Victoria est sur le point d’adopter des lois, d’autres États autorisent déjà les abattoirs mobiles en vertu de la législation existante.

À Queensland: Un porte-parole de Safeland Production Queensland aurait déclaré que les abattoirs mobiles seraient évalués pour une accréditation, selon les exigences de la norme australienne pour la production hygiénique et du transport de la viande (AS4696) ainsi que selon le code des normes alimentaires de la Nouvelle-Zélande. Le porte-parole aurait indiqué qu’il n’y avait actuellement aucun abattoir mobile accrédité pour avoir le droit d’opérer au Queensland.

En Australie occidentale: Il semblerait possible qu’un abattoir mobile puisse actuellement être approuvé en Australie occidentale, à condition que la conception puisse être conforme aux normes existantes. Un porte-parole du ministère de la Santé de l’Australie-Occidentale aurait déclaré à Beef Central que certains abattoirs mobiles avaient été envisagés dans le passé mais aucun n’avait dépassé le stade de la conception.
Selon Nason, le porte-parole aurait déclaré que les abattoirs publics doivent se conformer à la Food Act 2008, les Food Regulations 2009 et à la norme australienne pour la production hygiénique et le transport de viande et de produits carnés pour la consommation humaine (Standard). Il a ajouté qu’il n’y a aucune référence aux abattoirs mobiles dans la norme, mais que, du point de vue du Ministère, il n’y a aucune raison pour laquelle les abattoirs mobiles ne puissent pas être approuvés s’ils sont conformes à la norme. Ce pourrait être des unités entièrement autonomes ou des installations fixes à certains endroits qui ont une unité mobile se déplaçant d’un endroit à l’autre.
En ce qui concerne les questions de conformité et d’application, le porte-parole aurait dit que les administrations locales sont l’organisme d’application de la loi pour la plupart des abattoirs nationaux. Cependant, le ministère de la Santé (DOH) est l’organisme d’exécution des abattoirs agréés réglementés par l’État (niveau 1) et le PDG du DOH est l’autorité de contrôle de la norme.

Nouvelle-Galles du Sud: Robert Barker du Conseil australien de l’industrie de la viande aurait déclaré à Beef Central qu’il avait été informé par la NSW DPI Food Authority qu’il n’y avait rien dans la législation du NSW interdisant l’exploitation des abattoirs mobiles. Selon Barker, il y a eu des opérateurs mobiles par le passé mais ils ont eu tendance à fermer après une courte période de temps en raison des coûts élevés pour le respect des réglementations par rapport au faible débit des bovins.

Tasmanie: Un porte-parole du département des industries primaires, des parcs, de l’eau et de l’environnement de Tasmanie aurait déclaré que les abattoirs mobiles ne peuvent pas être utilisés pour la transformation commerciale de la viande en Tasmanie, relate Nason. Des abattoirs mobiles peuvent opérer en Tasmanie pour fournir un service de traitement à domicile, qui est défini dans leur Règlement de 2014 sur la sécurité primaire des produits (viande et volaille), et, a-t-il ajouté, l’accréditation en vertu de la législation sur la sécurité des produits primaires n’est pas requise en ce qui concerne cette activité.

Territoire du Nord: Un porte-parole du gouvernement aurait déclaré à Beef Central qu’il n’y a rien dans la législation NT qui permette actuellement à un abattoir mobile d’opérer dans le Territoire.

Beef Central a également posé des questions aux autorités de réglementation des aliments en Australie-Méridionale mais n’a pas encore reçu de réponse détaillée et mettra à jour cet article lorsque ces informations seront fournies, a affirmé Nason.

Par Mylène Noël
Webmestre
SPEQ

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