La taxe sur la viande est improbable mais les alternatives gagnent du terrain

//  19 janvier 2018  //  Marchés, Tendances et consommateurs  //  Commentaires fermés

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Selon un expert, les consommateurs se voient offrir plus de protéines à base de plantes et en ajoutent davantage à leur régime alimentaire.

Par Alexis Kienlen
Journaliste
Publié: 16 janvier 2018

CBC News a été l’un des nombreux médias qui ont pris connaissance d’un rapport d’un groupe opposé à la production animale conventionnelle qui prédit que la viande sera un jour taxée comme les cigarettes.

En ce début d’année, le sujet du jour parle d’une taxe sur la viande, et bien que les perspectives d’une telle taxe semblent minces, l’industrie de l’élevage risque de perdre des parts de marché pour les produits à base de plantes.

L’appel à une taxe est venu de Jeremy Coller, fondateur de l’une des plus grandes sociétés de capital-investissement au monde. Il finance une organisation appelée Farm Animal Investment Risk & Return Initiative, qui a récemment publié un «livre blanc» affirmant qu’il est «hautement probable» que les gouvernements imposeront un jour la viande comme ils imposent le tabac.

(Traduction libre de Mylène Noël)

« Le chemin vers la taxation commence généralement quand il y a un consensus mondial sur le fait qu’une activité ou un produit nuit à la société », indique le document. « Cela conduit à faire une évaluation de leurs coûts financiers pour le public et entraîne ensuite une forme de taxation supplémentaire. Les taxes sur le tabac, le carbone et le sucre ont suivi cette stratégie ».

Cependant, aucun signe ne se manifeste de sitôt, a déclaré Sylvain Charlebois, un commentateur bien connu dans le secteur de l’alimentation et professeur de politique et de distribution alimentaire à l’Université Dalhousie.

sylvain_charlebois_cmyk-e1516075814342-150x150Sylvain Charlebois.(Photo fournie)

« Les statistiques démontrent que la demande de viande au Canada demeure obstinément robuste », a récemment écrit M. Charlebois dans une de ses colonnes largement publiées. « En moyenne, le Canadien moyen consomme environ 87 kilos de produits de viande en une année, ce qui est légèrement inférieur à celui d’il y a cinq ans ».

Grâce à la stabilité des prix du bœuf, la consommation pourrait effectivement augmenter cette année, a déclaré M. Charlebois dans une interview.

« C’est une bonne nouvelle pour les producteurs de bœuf », a-t-il déclaré.

Le haut fonctionnaire de l’ Association canadienne des éleveurs de bovins souligne également que la demande est forte, l’année 2017 étant l’une des plus élevées jamais enregistrée en Amérique du Nord en matière de consommation de viande.

De plus, les hamburgers végétariens et les protéines végétales existent depuis longtemps – tout le monde pensait que le tofu allait décoller, mais cela n’a pas été le cas, a déclaré Dennis Laycraft, directeur exécutif de l’association.

Le secteur a fait de grands progrès en montrant que le bœuf est durable et qu’il travaille avec des organismes comme la Conservation de la nature Canada et Canards Illimités pour faire connaître l’importance du pâturage pour la santé des prairies.

Mais le paysage du consommateur évolue rapidement et les consommateurs sont plus curieux et disposés à essayer de nouveaux aliments, a dit M. Charlebois, qui était en Alberta avant Noël et qui s’adressera aux producteurs de boeuf ici ce mois-ci.

« Ce que je leur dis, est qu’il ne s’agit pas d’offrir l’un ou l’autre aux consommateurs – essayez de promouvoir ou même de présenter des options où les protéines animales coexistent avec d’autres types d’options alimentaires », a-t-il dit.

« Je sais qu’il y a beaucoup de plaidoyer en cours, et franchement, il y a un certain déni. [...] Ce que nous devons faire est de regarder ce qui incite les consommateurs à acheter ce qu’ils achètent. »

Cela signifie que le secteur de la viande bovine doit prendre en considération les autres choses que les consommateurs veulent, a-t-il dit.

«L e bœuf durable a de la valeur, mais il faut aussi considérer les options de santé », a déclaré M. Charlebois. « Je ne me souviens pas de la dernière fois que j’ai vu une étude qui disait aux gens de manger plus de viande. »

En ce domaine, le secteur du bœuf a une bonne histoire, a répondu Laycraft.

« Le bœuf est l’un des aliments les plus nutritifs et l’un de ceux qui répond le mieux aux exigences nutritives. C’est aussi l’un des moyens les plus abordables d’y répondre.

Mais il reconnaît que les consommateurs ont de plus en plus de choix et que le secteur doit écouter attentivement ce qu’ils veulent.

« Nous devons produire des produits qui sont disponibles sous une forme que les consommateurs veulent quand ils le veulent », a-t-il déclaré. « Nous allons voir beaucoup plus de commerce électronique et nous travaillerons avec nos partenaires à ce sujet. »

« En même temps, ce qu’ils veulent est la meilleure expérience gastronomique. Et si le bœuf est la meilleure expérience gastronomique et que les gens en rêvent chaque semaine, alors nous faisons très bien notre travail. »

Attendez-vous à ce que ce travail devienne plus difficile, a déclaré Charlebois.

Les industries qui offrent des protéines animales, y compris les produits laitiers, doivent comprendre que plus de gens incluront plus d’aliments à base de plantes dans leurs régimes pour des raisons de santé et parce qu’ils sont préoccupés par le traitement humain du bétail.

« La demande est de plus en plus fragmentée et plus compliquée », a-t-il déclaré, ajoutant que l’industrie doit également se concentrer davantage sur la transparence, car le traitement éthique des animaux est une préoccupation croissante pour les consommateurs.

Les éleveurs ont fait ce qu’il fallait en engageant les consommateurs par le biais des médias sociaux, mais il faut encore plus de transparence, a-t-il dit, en indiquant que les abattoirs Cargill et Tyson Foods aux États-Unis autorisent les caméras dans leurs opérations.

Pourtant, de nombreux nouveaux produits protéinés à base de plantes ne trouveront pas de marché et disparaîtront rapidement.

Et malgré les histoires qui font la une des journaux, comme celle qui prévoit une taxe sur la viande, les Canadiens continueront d’aimer leurs hamburgers et leurs steaks, a-t-il ajouté.

« Je ne pense pas que la demande pour la viande canadienne mourra de sitôt. »

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