La réalité des employés de Cargill, le plus gros foyer de COVID-19 en Alberta

//  20 avril 2020  //  Dossiers, Santé Humaine et Sécurité Alimentaire  //  Commentaires fermés

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Comment Cargill, l’une des plus importantes usines de conditionnement de la viande au Canada, a pu devenir en quelques jours le plus gros nid de coronavirus de l’Alberta? La question était sur toutes les lèvres après l’annonce, vendredi, d’une augmentation de 842 % des cas de COVID-19 attribués aux activités de l’entreprise de High River.

Alors qu’en début de semaine, seuls 38 cas avaient été recensés à l’usine, 3 jours plus tard, la médecin hygiéniste en chef de la province, Deena Hinshaw, faisait état de 358 personnes malades. Cela représente 15 % des cas de COVID-19 en Alberta, ou plus de la totalité des cas enregistrés en Saskatchewan.

Tiré de ici.radio-canada.ca – par Nafi Alibert – Publié le 19 avril 2020
| Traduction et adaptation libre par la rédaction |

Selon les autorités, près de 200 cas concernent directement des employés et des sous-traitants de Cargill.

Les cas restants ont été observés chez des familles qui ont eu une multitude d’expositions avec d’autres personnes, dont des résidents de centres de soins longue durée où des cas de COVID-19 ont éclaté, a précisé la Dre Deena Hinshaw.

Depuis ces révélations, huit employés de Cargill ont accepté d’expliquer à CBC/Radio-Canada les conditions dans lesquelles ils travaillent dans cette usine située à une soixantaine de kilomètres au sud de Calgary.

Leurs noms ont été changés, car ils craignaient des représailles de la part de leur employeur.

Au commencement étaient les symptômes

Originaire des Philippines, Joshua était boucher dans son pays natal avant de postuler pour Cargill.

Mon travail aux Philippines était très facile pour moi, comme je gérais mon propre étal, dit-il. Mais à Cargill, la tâche est bien plus dure : tout le monde est debout et on travaille entassés les uns sur les autres.

Joshua s’est fait à cette nouvelle réalité à laquelle il s’adapte, mais cette proximité est devenue un problème pour lui quand les premiers cas de COVID-19 se sont déclarés dans l’usine.

Dès le 7 avril, il a commencé à souffrir de maux de tête, de fièvre et de douleurs corporelles.

Très vite, d’autres de ses collègues ont ressenti les mêmes symptômes, comme Emmanuel, qui a finalement été déclaré porteur du coronavirus en même temps que son plus jeune fils.

Coude-à-coude

En début de semaine, l’entreprise a affirmé avoir réduit les quarts de travail de ses employés pour minimiser les impacts de la COVID-19. Elle a également indiqué avoir mis en place certaines mesures de distanciation physique, quand cela était possible.

Aujourd’hui confiné, Emmanuel ne peut témoigner des conditions de travail actuelles, mais il décrit une tout autre réalité.

Quand je travaillais, tous les effectifs étaient présents dans ma chaîne de production, nous étions à capacité maximale et nous étions au coude-à-coude.

Emmanuel, employé de Cargill

Par mesure de sécurité, l’entreprise a aussi choisi d’échelonner les pauses de ses employés et a installé des cloisons dans la cafétéria. Ces précautions sont insuffisantes et ne permettent pas de respecter la distanciation nécessaire, jugent plusieurs travailleurs, comme Angelo.

C’est pareil dans nos vestiaires, déplore-t-il, nos casiers sont tellement au coude-à-coude, qu’on ne peut pas se changer [en toute sécurité], témoigne celui qui partage son logement avec trois autres familles.

Isolé à son tour à domicile, Angelo estime que la distanciation physique est tout simplement inapplicable dans l’usine de Cargill.

Elle est construite comme ça, on ne peut pas juste la rebâtir pour qu’on puisse y appliquer une séparation de deux mètres entre les travailleurs, souligne-t-il.

Samedi, la Dre Deena Hinshaw a ajouté aux inquiétudes de ces employés en déplorant de les voir se rendre sur leurs lieux de travail en covoiturage.

Pression

En ces temps de pandémie, Cargill a décidé d’offrir des primes à ses employés au travail, ont révélé plusieurs d’entre eux, qui craignent de passer à côté de ce revenu supplémentaire en restant isolés chez eux.

Plus d’un ont raconté avoir subi des pressions de la part de leur employeur. Ce dernier souhaitait précipiter leur retour à l’usine, alors qu’ils devaient respecter un confinement en quarantaine après avoir eu des symptômes de la COVID-19.

Services de Santé Alberta m’a informé que mon test était positif le 12 avril et que je devais observer une quarantaine de 14 jours, explique Christian. Trois jours plus tard, Cargill m’a appelé en me demandant si je pouvais revenir travailler dès le lendemain.

Le gestionnaire d’Angelo l’aurait lui aussi questionné sur la nécessité de sa quarantaine, alors que le résultat de son test était aussi positif.

Cargill n’a pas répondu aux questions de CBC/Radio-Canada relatives aux témoignages des employés.

Nous collaborons avec les autorités sanitaires locales pour nous assurer de respecter les mesures préventives, les tests, les nettoyages et les protocoles de quarantaine, a écrit par courriel un représentant de l’entreprise.

C’est cette réalité qu’ont décrite d’autres travailleurs comme William, qui sont quant à eux convaincus que leur employeur a fait le nécessaire.

Des informations étaient affichées, il y a avait toujours des annonces sur la situation [et] ils ont adapté les horaires, affirme William. Les gens n’en avaient juste rien à faire de respecter les règles de distanciation sociale, croit-il.

Source et texte complet : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1695470/coronavirus-usine-viande-agroalimentaire-explosion-cas-risque-sante

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