La demande stimule les perspectives des secteurs canadiens de la viande rouge en 2018

//  21 juillet 2018  //  Analyses de marché, Marchés  //  Commentaires fermés

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L’équipe de l’Économie agricole de Financement Agricole Canada (FAC) a jetté un regard de mi-année sur les perspectives de janvier 2018. Prochainement FAC mettra également à jour à jour les attentes au sujet de la rentabilité dans six secteurs agricoles canadiens (cultures Est et Ouest, porcs, bovins, lait et transformation alimentaire). Financement Agricole Canada expliquera ce qui s’est produit en 2018 jusqu’ici et ce que vous devriez surveiller au cours des six prochains mois.

Tiré de Financement Agricole Canada
Publié le 17 juillet

Le secteur canadien du porc s’est avéré généralement rentable au premier semestre de 2018, comme nous l’avions prévu en janvier. Cette rentabilité était cependant mitigée : l’augmentation du prix des aliments pour animaux s’est traduite par de faibles marges pour les exploitations d’engraissement, alors que les exploitations de naissage-finition ont connu des profits de près de 20 $ par tête en moyenne. Ces marges seront mises à l’épreuve pendant tout le reste de l’année 2018, principalement en raison des tensions commerciales et de l’offre croissante de porc aux États-Unis.

Jusqu’à présent, nos prévisions pour 2018 concernant le secteur des bovins tiennent également la route. Les exploitations d’élevage-naissage ont été rentables toute l’année — une tendance qui devrait se maintenir jusqu’en 2019. Les exploitants de parcs d’engraissement et les éleveurs de bovins d’engrais ont enregistré des marges déficitaires au cours des six premiers mois et il n’y a actuellement aucune rémission en vue. Les prix à terme des bovins vivants laissent entrevoir une légère augmentation d’ici au mois de décembre, tandis que ceux des bovins d’engraissement semblent vouloir se maintenir.

Au cours des six premiers mois, le huard à 0,78 $ US a contribué à la croissance des revenus canadiens dans ces deux secteurs, ce qui compense l’augmentation des taux d’intérêt et des coûts des autres intrants, comme le carburant et les aliments pour animaux.

Porc

Au 1er janvier 2018, les cheptels de porcs affichaient une augmentation annuelle de 2,7 % et la production porcine continuera de croître en 2018, puisque les sommets saisonniers restent encore à venir. L’abattage de porcs au Canada avait fléchi de 1 % en glissement annuel au mois de juin, mais devrait reprendre du poil de la bête au deuxième semestre de 2018 grâce à la capacité de transformation accrue.

En date du 1er juin, les exportations canadiennes de porcs d’engraissement vers les États-Unis avaient reculé de 6,4 % comparativement à pareille date l’an passé et celles de porcs de boucherie de 9,6 %. L’augmentation de la production porcine aux États-Unis et la croissance plus lente que prévu de l’abattage au sud de la frontière ont contribué à ce ralentissement. De juin à décembre, l’offre de porc devrait s’accroître aux États-Unis, entraînant ainsi une diminution des prix du porc pendant la deuxième moitié de 2018 par rapport aux cours actuels.

Les exportations de porcs canadiens vers les États-Unis ont également reculé de janvier à mai 2018 par rapport à l’an dernier. Bien que les exportations canadiennes vers le Mexique ont connu une croissance vigoureuse de 19 % d’une année sur l’autre et qu’elles augmentent vers le Japon, la Corée du Sud, Taïwan et les Philippines, la hausse escomptée des exportations vers la Chine n’était pas au rendez-vous au cours des six premiers mois. La croissance constante du cheptel porcin chinois a peut-être bien mené à une diminution de la demande d’importation. Au cours des six prochains mois, la croissance de la production chinoise devrait ralentir, puisque les profits liés au secteur chinois du porc seront confrontés à plusieurs défis.

Par conséquent, toute variation dans les profits du secteur canadien du porc devrait vraisemblablement provenir des prix des porcs.

Les coûts devraient se stabiliser pendant le reste de l’année 2018. Le coût des aliments pour animaux a augmenté plus que prévu au premier semestre de 2018, mais l’orge fourragère devrait se maintenir à un peu plus de 5,00 $ le boisseau en raison des grands volumes de maïs mis en marché. Par conséquent, toute variation dans les profits du secteur canadien du porc devrait vraisemblablement provenir des prix des porcs. Les marchés pourraient être bouleversés par l’escalade des tensions commerciales entre les États-Unis et le Mexique et les États-Unis et la Chine, de même que l’augmentation des tarifs douaniers pour les exportations américaines de porc découlant de ces frictions. À eux seuls, ces deux pays absorbent environ 40 % des exportations américaines. Une diminution des débouchés commerciaux s’offrant au porc américain pourrait ouvrir la porte à une augmentation des exportations de porc canadien, mais aussi réduire le prix unitaire que reçoivent les Canadiens.

Bovins

En janvier, le cheptel canadien n’avait connu aucune croissance considérable. Les prix de 2017 pour les génisses engraissées ont continué d’inciter à la transformation plutôt qu’à la conservation. En début d’année, on dénombrait 562 000 génisses de boucherie de remplacement à la ferme, soit une petite diminution par rapport à l’an dernier.

La demande mondiale et locale de bœuf demeure vigoureuse.

À la fin juin, l’abattage canadien dans les installations inspectées par le gouvernement fédéral avait augmenté de 4,2 % en glissement annuel. En début d’année, les prix des bouvillons gras en Alberta dépassaient ceux à pareille date en 2017, mais ce rythme ne devrait pas se maintenir pendant le reste de l’année, à mesure que plus de bovins seront mis en marché. La diminution des exportations canadiennes d’animaux vivants vers les États-Unis constatée à ce jour en 2018 a également contribué à stimuler la production bovine canadienne. Cette production devrait probablement augmenter à nouveau d’ici décembre et ainsi dépasser l’augmentation de 0,2 % prévue pour 2018 dans nos perspectives de janvier.

Si les augmentations attendues des productions canadiennes et américaines de maïs se concrétisent, le coût des aliments pour animaux ne devrait pas augmenter au cours des six prochains mois. Les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, tout comme le temps sec dans les pâturages des prairies et les plaines des États-Unis, pourraient influer indirectement sur la rentabilité en entraînant une chute du prix des aliments pour animaux.

Comme davantage de porc prendra probablement la route des détaillants canadiens au cours des six prochains mois, les prix du bœuf pourraient être mis à rude épreuve. En avril, les stocks de viandes froides et congelées dans les entrepôts frigorifiques étaient en hausse de 22,3 % par rapport à l’an dernier. Au cours des quatre premiers mois de 2018, les stocks de bœuf congelé ont augmenté de 12,6 % et ceux de porc de 13,8 %.

Heureusement , la demande continue d’être vigoureuse, autant au pays qu’à l’étranger. En mai, les prix du bœuf canadien n’avaient diminué que de 0,6 % par rapport à l’an dernier. Cette tendance pourrait se maintenir jusqu’en décembre, une bonne nouvelle pour le secteur bovin. Les marchés étrangers continuent de jouer un rôle important dans l’achat de bœuf canadien. En effet, les exportations de bœuf ont augmenté de 86 % ces cinq dernières années, les États Unis en étant la principale source. Le Japon, le Mexique et la Chine ont également intensifié leurs importations de bœuf canadien.

Les taux d’intérêt augmentent lentement alors que le huard oscille autour de 0,78 $ US

Les tendances des marchés étrangers ont contribué activement à la compétitivité du Canada et à la rentabilité de nos secteurs agricoles en 2018 jusqu’ici. Plusieurs facteurs macroéconomiques y ont également contribué et, même si nous n’avons pas vu juste sur tous les points, nos prévisions de janvier permettent d’expliquer ces tendances.

Notre prévision en janvier d’un huard à 0,78 $ US était exacte jusqu’à la mi-juin (voir l’illustration), mais l’économie canadienne est dépendante de la vigueur des secteurs d’exportation. Les tensions commerciales, qui exercent actuellement une pression à la baisse sur le dollar canadien, pourraient continuer de faire pression sur le huard et l’entraîner sous la moyenne de 0,78 $ prévue pour 2018.

Prévisions de janvier de l’Économie agricole de FAC pour 2018…

Sources : Banque du Canada, Bloomberg

Nous avons toutefois sous-estimé la vigueur de l’économie mondiale et la robustesse de la demande mondiale de pétrole qui en a découlé : malgré la hausse de la production pétrolière aux États-Unis, le prix du pétrole brut de la West Texas Intermediate (WTI) s’est établi en moyenne à environ 65 $ US, soit beaucoup plus que notre projection initiale de 55 $ US.

La Banque du Canada a révisé ses projections relatives à la croissance économique du Canada pour 2018 depuis nos perspectives de janvier. La Banque prévoit un taux de croissance plus lent, mais estime que l’économie fonctionnera presque à plein régime cette année. Les pressions inflationnistes persistent, bien que modestement plus élevées que notre prévision de 2,0 %, ce qui correspond à la cible médiane de la Banque.

Nous avons aussi anticipé de façon précise les taux à court terme plus élevés aux États-Unis et au Canada qui ont fait augmenter les rendements des obligations. Le taux moyen de 5 ans fixe sur les hypothèques a grimpé de 35 points de base au cours des six premiers mois de 2018, conformément à notre prévision d’une progression annuelle de 75 points de base.

Après des hausses du taux de financement à un jour en janvier et juillet (de 25 pdb chaque), les marchés financiers ont laissé entendre qu’une hausse supplémentaire pourrait être possible avant la fin de 2018. Toutefois, nous sommes d’avis que l’incertitude actuelle sur la scène mondiale de la conjoncture économique et commerciale pourrait faire en sorte qu’il soit plus difficile pour la Banque du Canada de justifier une autre hausse des taux d’intérêt.

Facteurs à surveiller

• La capacité en déclin du huard à s’apprécier dans les six derniers mois de l’année. Un dollar plus faible peut aider à contrebalancer la pression à la baisse sur les prix des produits de base. Le moment pourrait s’avérer particulièrement opportun cette année, compte tenu des tensions commerciales avec les États-Unis qui créent un climat d’incertitude et font baisser les prix.
• Un environnement commercial mondial incertain jusqu’à la fin de 2018 :
- Les discussions dans le cadre de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) se poursuivront (sans date de fin déterminée).
- La pleine ratification de l’Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) est en cours.
- La mise en œuvre complète de l’Accord économique et commercial global (AECG) est conditionnelle à sa ratification par les membres de l’UE.

• Les rendements des récoltes 2018 aux États-Unis pour le maïs et au Canada pour l’orge et le maïs.

Source : https://www.fcc-fac.ca/fr/ag-knowledge/ag-economics/demand-drives-the-outlook-for-canadas-red-meat-sectors-for-2018.html?

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