Jeter l’argent par les fenêtres

//  21 février 2018  //  Marchés, Tendances et consommateurs  //  Commentaires fermés

The_Western_producer

Par Robert Arnason
Publié le 15 février 2018

Certains consommateurs, en particulier dans les pays de l’Union européenne, souhaitent que la viande de boeuf soit produite sans recourir à des stimulants de croissance. De l’avis de Fred Gorrell, sous-ministre adjoint à Agriculture Canada, l’industrie canadienne du boeuf « jette de l’argent par les fenêtres » en ne desservant pas ce segment du marché.

(Traduction libre de Mylène Noël)

L’industrie canadienne du bœuf a des connaissances scientifiques en ce qui concerne la sécurité sur l’utilisation des facteurs de croissance, mais cela ne sert à rien quand il s’agit de vendre du boeuf à l’étranger.

« Nous pouvons parler de pratiques basées sur la science, mais au bout du compte, si les consommateurs ne veulent pas acheter nos produits, je pense que nous manquons la cible », a déclaré Fred Gorrell, sous-ministre adjoint chez avec Agriculture Canada.

Gorrell a fait ses commentaires au sujet de la production de boeuf et des hormones de croissance le 8 février à la réunion annuelle du Manitoba Beef Producers à Brandon. Il a été auparavant le chef du secrétariat de l’accès aux marchés de l’Agence canadienne d’inspection des aliments et a également été directeur exécutif de la politique internationale à l’ACIA.

Il est maintenant sous-ministre adjoint aux Affaires internationales à Agriculture Canada.

Gorrell a précisé que le ministère appuie l’utilisation d’hormones dans le secteur de la viande bovine, où les facteurs de croissance sont utilisés pour augmenter l’efficacité alimentaire des bovins de boucherie.

Mais certains consommateurs, en particulier dans les pays de l’Union européenne, veulent de la viande produite sans l’aide de facteurs de croissance. Selon lui, l’industrie canadienne du boeuf « jette de l’argent par les fenêtres » en ne desservant pas ce segment du marché.

« Sans hormone ou avec hormones, c’est sécuritaire … (Mais) si nous voulons être sur ce marché et (si) nous voulons vendre des produits là-bas, vous devez être de la partie. »

Grâce à l’Accord économique et commercial global (AECG) conclu avec l’Europe, le secteur de la viande bovine du Canada obtiendra éventuellement un quota de 50 000 tonnes de boeuf par année vers l’UE. Cependant, le boeuf doit être élevé sans hormones de croissance. De plus, les Européens ont également mis en place un obstacle technique en n’acceptent pas la sécurité de certains lavages de carcasses utilisés au Canada.

Cela peut prendre des années pour régler les règles entourant les lavages de carcasses, mais il y a un autre marché massif qui veut aussi que le boeuf soit élevé sans hormones – la Chine.

« Sur le boeuf et le porc, ils (la Chine) ont toujours dit, « nous n’aimons pas les facteurs de croissance » » , a déclaré Gorrell lors de la réunion de Brandon. « Ils recherchent du boeuf et du porc sans hormones, pas seulement du Canada mais du monde entier. »

Un site Web de l’ACIA explique que le bœuf canadien destiné à la Chine doit être élevé dans le cadre du programme canadien de certification du bœuf sans beta-agonistes, car la Chine n’accepte pas le bœuf produit avec des hormones de croissance synthétiques.

La Chine a recommencé à accepter du boeuf canadien en 2012. Les exportations vers la Chine sont passées de zéro à 228 millions de dollars en 2015, selon les données d’Ag Canada.

« Mais en 2016 … on peut voir que les chiffres ont beaucoup baissé » , a déclaré Gorrell. « C’est parce qu’ils sont très stricts, disant qu’ils ont un programme sans hormones. »

Les producteurs de bœuf canadiens et les défenseurs de l’industrie ont dit, à maintes reprises, que les facteurs de croissance ne présentent aucun risque pour les consommateurs parce qu’ils ajoutent seulement quelques nanogrammes d’hormones à un hamburger ou à un steak.

Ce message n’a pas beaucoup changé d’opinions, car les sondages publics montrent que le pourcentage de Canadiens préoccupés par les hormones contenues dans la viande n’a pas changé depuis 2001.

« Il y a la science, mais il y a aussi la science politique et les sciences sociales. Parfois, ceux deux dernières sciences font aussi partie du mélange », a déclaré Gorrell. « Avoir raison ne signifie pas que vous gagnez. »

Betty Green, productrice de boeuf de Fisher Branch (Man.), a entendu le message de Gorrell. Elle dirige deux programmes avec son troupeau de bovins de boucherie: un avec des promoteurs de croissance et un autre sans promotteur de croissance.

« Il ne nous a pas dit que tout le monde devrait suivre cette voie, mais que les consommateurs et les clients vont avoir une influence sur ce que nous devons faire … et que nous devrions réfléchir à cela. »

Il y a cinq ou dix ans, les éleveurs ne parlaient pas des hormones de croissance, mais maintenant, les producteurs de bovins canadiens réfléchissent davantage aux avantages et aux inconvénients de ces produits, a dit M. Green.

« Je pense que les choses changent et continueront à changer. »

L’industrie canadienne du porc a montré qu’il est possible de s’éloigner de la ractopamine, un type de promoteur de croissance. Des études scientifiques démontrent que la ractopamine est sécuritaire, mais le commerce du porc canadien l’a abandonné collectivement il y a quelques années parce que des marchés comme la Chine et la Russie ne voulaient pas que le porc soit produit avec la ractopamine.

Il était plus facile pour le secteur du porc de prendre une telle décision que pour le boeuf parce que l’industrie du porc est plus petite et plus intégrée, mais c’est un exemple où les attentes des acheteurs ont triomphé des preuves scientifiques.

Green était d’accord avec le message de Gorrell que la science a des limites dans un monde axé sur le consommateur.

« Si le consommateur dit que c’est ce qu’il veut et que vous voulez vendre à ce consommateur …. La science dans certains cas … est un peu hors de propos. »

Pour Gorrell, la question se résume à l’opportunité. La Chine compte 1,4 milliard de personnes et l’UE en compte plus de 500 millions. Ce sont des nombres terriblement grands à ignorer.

« Quand nous sommes un grand pays exportateur, nous devrions vraiment regarder ce que nous produisons. Est-ce ce que veulent les autres ? »

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