INRA – Conscience animale : des connaissances nouvelles

//  3 juin 2017  //  Bien-être et Santé animale, Santé Animale  //  Commentaires fermés

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Les animaux peuvent-ils éprouver des émotions ? Ont-ils une histoire de vie ? L’Inra s’est saisi de ces questions en réalisant une expertise scientifique collective sur la conscience animale, à la demande de l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA). Les résultats sont présentés aux représentants des pays membres du réseau européen sur le Bien-Etre animal, de l’EFSA et de la Commission européenne les 11 et 12 mai 2017 à Parme (Italie).

Publié le 12/05/2017

La conscience animale est un sujet de recherche philosophique depuis l’Antiquité, avant d’être une question de réflexion pour les naturalistes du XIXe siècle, puis des éthologistes et psychologues comparatifs. Déjà ces travaux anciens penchaient en faveur de l’existence d’une conscience animale. La biologie et la psychologie ont ensuite permis des avancées conceptuelles majeures qui ont établi la conscience comme le résultat de processus cérébraux.

Un sujet de recherche au carrefour de nombreuses disciplines

Mis au défi de tests cognitifs, les animaux expriment des comportements qui montrent leur capacité à éprouver des émotions, à reconnaître des limites à leur savoir, mais aussi à gérer leur passé et leur futur. L’étude des comportements sociaux des animaux et des relations entre l’Homme et l’animal a permis de compléter ces connaissances en témoignant de formes de conscience animale à des degrés parfois élevés de complexité. La conscience pourrait être décrite comme le produit émergent de l’interaction des différentes couches fonctionnelles des compétences à percevoir, à mobiliser de l’attention, à mémoriser, à éprouver des émotions, et à évaluer une situation.

Des recherches en neurobiologie explorent en particulier le lien entre un comportement et un substrat ou un circuit neuronal. Les structures biologiques permettant ces compétences cognitives sont associées à un noyau central qui gère les règles impliquées dans les rythmes biologiques ou la vigilance et permettent l’émergence de la conscience. La perception d’un stimulus active plusieurs de ces structures qui vont interagir pour produire des interprétations et des intentions et, qui se concrétisent par la mise en place d’actions conscientes. Ces réponses conscientes sont plus complexes que s’il n’y avait qu’une simple juxtaposition des réactions des différentes structures.

Selon leur espèce, les animaux montrent des aptitudes variées en termes de conscience. Les aptitudes cognitives engendrant la conscience pourraient être le résultat de processus phylogénétiques. Elles pourraient également résulter de convergences évolutives chez des espèces non reliées phylogénétiquement, donc avec des ressources neuronales différentes, mais faisant face à des contraintes environnementales similaires. Cependant, une démonstration formelle de ces hypothèses manque encore.

Douleurs animales et sensibilité

On peut affirmer que les vertébrés au moins sont équipés de systèmes nerveux qui traitent consciemment les processus d’informations complexes, et en particulier les émotions négatives causés par les stimuli propres à la douleur, dits nociceptifs.

Bien que la sensibilité (capacité de ressentir la souffrance ou le plaisir) puisse être présente chez les animaux, des contenus plus élaborés n’ont été inférés que chez un petit nombre d’espèces dont les primates, corvidés, rongeurs et ruminants. Ces derniers disposent d’une mémoire autobiographique – ou épisodique – et peuvent ainsi avoir des désirs et des objectifs qui concernent le passé ou l’avenir. Ils peuvent être encore plus affectés par des expériences aversives.

Des besoins de recherche

Cette expertise multidisciplinaire a permis d’identifier de nouveaux besoins de recherche. En particulier, il serait souhaitable d’élargir les recherches actuelles à une plus grande variété d’espèces animales, d’élaborer des dispositifs expérimentaux qui permettent de mieux distinguer les comportements conscients des automatismes acquis, et de mieux connaître l’univers mental des animaux d’élevage. L’étude du développement des formes de conscience chez les jeunes animaux est importante pour les animaux d’élevage qui ont souvent une vie brève. La façon dont les animaux se représentent le monde et évaluent leur environnement pourrait donner des pistes pour améliorer leur bien-être et la façon dont ils sont traités. Chez les espèces domestiquées, la nature des relations des animaux avec les humains qui les élèvent sont aussi à étudier.

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