Comment la COVID-19 touche le marché du bœuf, de la ferme au comptoir de votre boucher

//  19 mai 2020  //  Achat local, Dossiers, Marchés  //  Commentaires fermés

19mai2020-13

Les consommateurs qui souhaitent mettre la main sur une pièce de bœuf doivent délier les cordons de leurs bourses, puisque le prix des produits bovins a bondi dans les dernières semaines. Si la pandémie affecte toute la chaîne de production, elle n’est pas la seule responsable de cette hausse.

Tiré de ici.radio-canada.ca – par Dominique Degré – Publié le 18 mai 2020

À la ferme

La production alimentaire locale sous toutes ses coutures connaît un essor marqué depuis le début de la pandémie.

On vend de la viande [directement] aux consommateurs, sauf que la demande est beaucoup, beaucoup plus forte que d’habitude, remarque Stanley Christensen, président des producteurs de bovins Outaouais-Laurentides. Tout d’un coup, le monde s’intéresse aux produits locaux.

La COVID-19 a certainement eu une influence sur les affaires de M. Christensen, mais seulement en raison d’une demande plus forte, et non à cause d’une augmentation du prix de ses produits.

Nous avons fixé un prix il y a quelques années. En janvier, on a changé un petit peu, mais on n’a pas augmenté le prix, explique-t-il. En fait, la fluctuation des prix épargne largement les producteurs, car ce sont les autres maillons de la longue chaîne de production qui écopent.

À l’abattoir et à l’usine de transformation

Les prix de transformation ont augmenté un peu à cause de la COVID, et c’est pour ça qu’actuellement les prix ont augmenté, explique le directeur du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire à l’Université Dalhousie, à Halifax, Sylvain Charlebois.

Pour toutes sortes de produits, il y a de nouvelles mesures qui coûtent plus cher.

Les abattoirs et les diverses usines de transformation de la viande n’échappent pas à l’imposition de nouvelles mesures pour éviter la propagation de la COVID-19, sachant que certains grands abattoirs au pays ont été le théâtre d’éclosions importantes de la maladie.

C’est le cas d’installations de la compagnie Cargill, un acteur majeur dans l’industrie en Alberta et au Québec, qui ont dû suspendre temporairement ou réduire leurs activités à cause du coronavirus.

Mais il faut être prudent avant de tirer des conclusions sur la situation actuelle, prévient le professeur Charlebois. On vit un cycle à la hausse depuis le début de l’année. Ce n’est pas juste en raison de la COVID. Depuis janvier, on a remarqué que le prix du bœuf et du porc a augmenté de quelques points de pourcentage, de 6 % à 8 %, souligne-t-il.

Ce n’est pas que pour le bœuf que la facture est plus salée, explique aussi Sylvain Charlebois. De façon générale, le taux d’inflation alimentaire actuellement est autour de 4 %, ce qui est nettement supérieur au taux d’inflation général, rappelle-t-il. Le prix des légumes et les fruits frais importés des États-Unis, par exemple, a lui aussi grimpé en raison de la dégringolade du dollar canadien.

Chez le boucher

Les problèmes engendrés par la COVID-19 et les mesures pour s’adapter ont un prix qui a un effet boule de neige jusqu’aux comptoirs des boucheries.

C’est une situation un peu épouvantable je trouve. Le prix qui a augmenté pour certaines pièces de viande, c’est une très grosse hausse, note Alain Bisson, propriétaire d’une boucherie de Gatineau.

Il se procure notamment des pièces de bœuf chez Cargill. Il a donc constaté lui-même les contrecoups de la COVID-19. Sur un steak, comme une entrecôte ou un T-bone qu’on connaît tous, ça peut représenter presque 5 $ ou 6 $ de plus le steak qu’il y a quelques semaines, indique-t-il.

La situation est donc complexe pour les vendeurs, grands et petits, qui doivent composer avec des prix plus élevés à cause des distributeurs, en plus de leurs frais fixes et de toute la panoplie de mesures d’hygiène et de protection additionnelles pour la clientèle et le personnel.

Au restaurant

Les restaurants qui tiennent bon depuis le début de la crise sont aussi confrontés à ce nouvel obstacle financier.

Certains estiment toutefois être capables de s’adapter à la situation. Ça augmente les coûts de production, mais on est dans une situation particulière, observe le propriétaire du Traiteur Les Flavoureux, Raphaël Morneau-Bérubé.

On ne veut pas nécessairement augmenter les prix. On va faire une sélection au niveau des recettes qu’on va offrir, explique-t-il, en soulignant qu’il s’agit selon lui d’une augmentation temporaire. C’est un petit sacrifice qu’on est capable de faire pour l’instant.

Mais beaucoup de restaurateurs n’ont pas eu la chance ou la possibilité de continuer leurs activités depuis le début de la pandémie. Ces fermetures se font d’ailleurs ressentir au tout début de la chaîne de production chez les éleveurs.

Il y a beaucoup d’éleveurs qui ont vu une baisse dans leurs revenus dans le veau de grain et le veau de lait parce que leur produit est vendu aux restaurants, leurs produits ne trouvent pas preneur, illustre en guise d’exemple Stanley Christensen.

Source : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1704118/coronavirus-prix-boeuf-alimentation-production-agriculture-locale-boucherie-abattoir

 

Comments are closed.