Comment la blockchain peut-elle renforcer les chaînes d’approvisionnement des bovins

//  12 avril 2018  //  Gestion, Techniques et innovations  //  Commentaires fermés

Dans un article publié le 3 avril 2018, James Nason fait le compte rendu de la conférence de Wes Lefroy, analyste agricole de Rabobank, lors de l’Événement organisé par l’Association Northern Territory Cattlemen (NTCA) à Alice Springs, en Australie. Lefroy a donné plusieurs aperçus sur la façon dont la technologie numérique est déjà appliquée à l’agriculture et sur son rôle transformateur potentiel dans la chaîne d’approvisionnement des bovins en Australie.

Selon Nason, c’est un message utile et pertinent à un moment où de plus en plus d’intervenants du bœuf, de la production à la transformation, s’alignent sur des chaînes de valeur axées sur le client afin de partager les données sur le rendement et les primes que se partagent toutes les parties prenantes.

M. Lefroy aurait décrit la blockchain comme étant une plate-forme numérique qui stocke et vérifie les transactions entre les utilisateurs.

Les transactions, ou «blocs», sont enregistrées et stockées dans un registre numérique, qui est répliqué sur un vaste réseau d’ordinateurs. Cela rend la chaîne de transactions, ou la «chaîne de blocs», extrêmement difficile (parfois impossible) à trafiquer ou à modifier, créant ainsi un enregistrement numérique très sécurisé, relate Nason.

Cela signifie donc que le besoin de faciliter les transactions par des tiers parties fiables est réduit, ce qui réduit les coûts et rationalise le processus de transaction, ajoute-t-il.

La blockchain a été créée en 2009 pour étayer la crypto-monnaie Bitcoin, mais elle est de plus en plus utilisée comme technologie à part entière pour un large éventail d’applications alternatives, explique-t-il.

Comme M. Lefroy l’aurait fait remarquer à l’audience de la NTCA, elle peut être utilisée pour faciliter rapidement et efficacement le transfert de produits tels que le boeuf, la laine, les céréales ou les engrais.

La blockchain aide à assurer la traçabilité et la provenance d’un produit, elle peut réduire le risque de contrepartie en s’assurant que le financement est disponible avant le déroulement d’une transaction et peut faciliter des paiements quasi instantanés entre les parties prenantes de la chaîne d’approvisionnement, dit Nason.

La fraude alimentaire est une préoccupation majeure.dans plusieurs pays. Par exemple, Nason affirme que la Chine a subit une série de scandales de sécurité alimentaire impliquant des aliments produits localement, tels que la contamination des préparations pour nourrissons avec de la mélamine chimique industrielle toxique. C’est pourquoi les produits importés de sources sûres comme ceux de l’Australie sont très appréciés. Selon Nason, la transparence et l’inviolabilité des produits étayés par des blockchains peuvent permettre aux consommateurs d’acheter en toute confiance en sachant que le produit qu’ils achètent est ce qu’ils pensent être et pas un substitut moins cher d’origine inconnue emballé et vendu comme s’il venait de notre pays.

M. Lefroy aurait déclaré que les tendances favorisant l’utilisation de la technologie blockchain incluent la hausse des achats alimentaires en ligne, qui donne aux consommateurs un meilleur accès aux produits avec leurs attributs désirés et l’intérêt accru des consommateurs pour la provenance de leurs aliments.

Selon Lefroy, il existe d’autres technologies et outils qui peuvent retracer les produits tout au long de la chaîne d’approvisionnement, mais la vraie force de la blockchain est la force de la vérification de cette information tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

Les blockchains sont déjà utilisées

Ce n’est pas une technologie de l’avenir, affirme Nason, mais c’en est une qui avance rapidement et qui pourrait être populaire plus tôt que nous le pensons. Il note en exemple que l’année dernière, IBM s’est associée à Nestlé, Unilever, Walmart ainsi qu’à d’autres géants de l’alimentation pour utiliser la chaîne de blocs pour améliorer la sécurité alimentaire. Il ajoute qu’en mars, la deuxième plate-forme de commerce électronique au monde, JD.com, a annoncé un accord avec l’exportateur australien InterAgri pour utiliser la blockchain pour vendre du bœuf de Victoria et de Tasmanie à ses nombreux clients en ligne en Chine.

Chen Zhang, directeur technique de JD .com, aurait déclaré mettre de plus en plus en œuvre des solutions de traçabilité compatibles à la blockchain afin de donner aux consommateurs l’assurance qu’ils achètent des produits sécuritaires et fiables pour leurs familles. Selon lui, les consommateurs en Chine ne veulent pas seulement des produits importés de qualité, ils veulent savoir qu’ils peuvent avoir confiance en la façon dont on s’est approvisionné de leur nourriture et d’où elle provient. La blockchain nous aide à avoir cette tranquillité d’esprit, aurait-il ajouté.

Rabobank elle-même a exécuté une preuve de concept du commerce des produits de base l’an dernier avec la mise en service de la blockchain Agridigital, à travers laquelle un cultivateur de céréales a été payé immédiatement à la livraison de ses céréales, affirme Nason. CBH, un gestionnaire de grains en vrac australien, s’est également associé à Agridigital pour piloter la technologie blockchain afin de suivre l’évolution de l’avoine australienne tout au long de la chaîne d’approvisionnement, a-t-il ajouté.

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Source: Rabobank, 2018

Sur la diapositive ci-dessus, on peut voir que la partie gauche montre une chaîne d’approvisionnement centralisée traditionnelle qui suit une série d’interactions verticales entre les différents intervenants, dont des transactions du producteur au parc d’engraissement, du parc d’engraissement au transformateur, du transformateur au grossiste, du grossiste au détaillant et client final, explique Nason. Les transactions entre chaque étape sont vérifiées par un tiers de confiance comme une banque. Le flux de l’information de haut en bas repose sur le passage précis de l’information entre les parties prenantes et dépend de la confiance entre ces parties prenantes. Le problème est que les informations peuvent encore être modifiées ou communiquées de manière inexacte en cours de route.

Dans un modèle piloté par blockchain comme le montre la partie droite de la diapositive ci-dessus, la chaîne d’approvisionnement est décentralisée avec toutes les parties prenantes connectées via le réseau blockchain. Les transactions et les informations sont stockées et vérifiées par tous les utilisateurs, et toutes les parties prenantes sont également connectées, explique Nason.

Lefroy aurait déclaré que lorsque la marchandise physique se déplace le long de la chaîne d’approvisionnement, tout le monde sur le réseau est lié sur cette chaîne de blocs, apportant la transparence, la provenance et la réduction du risque de contrepartie. Le partage des données est alors bidirectionnel, de sorte que les producteurs situés en haut de la chaîne d’approvisionnement ont une vue d’ensemble de ce qui se passe en aval et obtiennent une rétroaction du marché.

Cependant, ajoute-t-il, cela ne pourrait pas fonctionner sans la pleine participation de toutes les parties prenantes, car s’il n’y a pas de transformateur, ou de parc d’engraissement, ou d’exportateur sur la blockchain, c’est un trou noir qui sape l’intégrité de cette blockchain. Il y a perte de la trace de celui qui est en possession de cette marchandise. La valeur qu’il ajoute, les informations qu’il ajoute et les transferts financiers ne peuvent pas être facilités par cette blockchain.

Qui dirigera la blockchain pour les producteurs?

M. Lefroy aurait déclaré qu’il y avait beaucoup à faire pour faire progresser les blockchains en aval de la chaîne de valeur, comme dans les entreprises de commerce électronique et les supermarchés. Les gens se demandent encore qui dirigera ou devra diriger la blockchain du côté de la production. Lefroy demande : Qui va conduire ce programme pour les producteurs et qui va s’assurer que les producteurs ont la capacité d’opérer sur ces marchés?

M. Lefroy aurait déclaré que la blockchain ouvrait la porte à des interactions directes entre les parties prenantes de la chaîne d’approvisionnement. Selon lui, en termes de relation des producteurs avec l’utilisateur final, la transparence et la provenance peuvent créer des liens directs avec les consommateurs et renforcer réellement cette production, non seulement sur la sécurité alimentaire et la santé, mais aussi sur l’environnement et le bien-être animal.

Les informations disponibles via blockchain signifient que les producteurs seraient en mesure d’identifier les opportunités qui n’étaient pas identifiables auparavant, et de passer de producteurs axés sur l’offre vers des producteurs plus axée vers la demande.

M. Lefroy aurait déclaré que la blockchain n’était pas une solution miracle ou exempte de tout inconvénient, mais il était persuadé qu’avec le temps les avantages qu’elle offrirait l’emporteraient sur les coûts initiaux. Selon lui, les producteurs passeront d’une logique axées sur l’offre à celle axée sur l’augmentation de la demande. Ils mettront plus l’accent continu sur la collecte de données pour renforcer l’histoire de la production

Par Mylène Noël
Webmestre
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